Le Coup d'OXYGENE

Exposition Wekré : 50 artistes sur l’Avenue de l’Indépendance

 Faire preuve de résilience

L’imagination et la créativité des artistes contemporains n’ont pas de limites. Les œuvres créées défrayent souvent la chronique et ne laissent personne indifférent. Elles nourrissent les débats et les critiques grâce à leurs originalités. En effet, toute nouvelle exposition d’art contemporain qu’on aime ou qu’on n’aime pas, vise à provoquer,  à susciter de l’émoi chez le visiteur. C’est le premier objectif que l’artiste veut atteindre. Avant de juger la valeur artistique de l’œuvre.

L’exposition Wekré dont le vernissage a eu lieu ce 22 juillet sur l’Avenue de l’Indépendance est en train de battre le record de rassemblement d’artistes peintres, sculpteurs, caricaturistes, designer, graffitistes, photographes. Cinquante au total !

L’une des filières culturelles qui a été également la plus affectée par la COVID-19 est l’Art Plastique. Bien que des créations se fassent à huit clos, les expositions et les voyages de résidences et d’expositions ont été suspendus.Ils ne pouvaient pas donc rester en marge d’un tel ramdam sanitaire qui asphyxie toute une planète. Les artistes ont aussi et surtout leur partition à jouer bien qu’étant en confinement.

Aboubabakar SANGA initiateur de l’exposition Wekré

C’est ainsi qu’afin de refaire vivre l’Art dans toute sa plénitude, ils ont fondé à l’unanimité l’EXPOSITION WEKRE qui veut dire ECLOSION sous le thème «Résilience, Art et Développement». Initiée grâce aux ateliers Maaneere et Buudu Production en collaboration avec les associations professionnelles du secteur, cette exposition réunit depuis ce matin, une cinquantaine de peintres, sculpteurs, photographes, designers, graffitistes sur le tronçon le plus célèbre de Ouagadougou, l’Avenue de l’Indépendance plus précisément devant l’ancienne Assemblée Nationale, devenue lieu historique.

Mariam Sougué: Artiste peintre et fonctionnaire en service au Ministère de la Fonction Publique

Avec comme invité spécial, le célèbre sculpteur Ky Siriki et les différentes personnalités administratives culturelles et diplomatiques du pays telles que l’Ambassadeur de France au Burkina Luc Hallade ; présent au côté de l’ancien Ministre de la Culture Mahoumoudou Ouédraogo, Cette exposition est en train de connaître un éclat particulier. «C’est projet que je salue surtout venant d’un acteur culturel qui n’est pas du domaine des Arts plastiques. Le fait de regrouper 50 artistes à la faveur d’une exposition de ce genre, c’est une première au Burkina Faso.  Nous sommes en train de nous frotter et d’échanger sans animosité » affirme le designer Inoussa Dao.

Ky Siriki, Sculpteur International. Invité spécial

En effet, l’idée de cette exposition provient d’un virtuose de monde de la culture et du showbiz, Aboubakar SANGA.

Pendant cinq jours, le public est invité à voir et même à acheter des œuvres des burkinabè et surtout à assister à certaines performances à l’image de Mariam Sougué : «Je suis présente à cette exposition pour les rencontres et le  partage» lance cette artiste et fonctionnaire en service au Ministère de la Fonction publique. Mariam a été initiée en portrait mais elle a appris la peinture sur le tas. Cette artiste était en pleine création sur le site munie des acryliques, des stylos et de la peinture. Mariam peint sur la COVID-19 qui selon elle, cette pandémie a touché les quatre coins du monde à des degrés différents. Ce qui ; par la même occasion, a suscité un élan de solidarité. A travers le monde.

Autorités culturelles et diplomatiques présentes au vernissage

L’invité spécial KY Siriki n’a pas tarit d’éloge les initiatives de cette activité : «Ce sont des activités qu’il faut encourager. Quand mes fils et jeunes frères m’ont contacté en disant qu’ils vont organiser une exposition collective, je n’ai pas hésité un seul instant à y participer. Ce genre d’initiative nous permet d’échanger et d’apprendre des uns et des autres. C’est une exposition destinée aux créateurs et non aux artisans et c’est ce qui est salutaire. C’est une très belle initiative surtout en cette période de pandémie. On ne doit pas croiser les bras ! Il faut qu’on travaille tout de même ! Si tu t’assois et tu ne travailles pas, la maladie va t’attraper. Donc autant travailler !»

Cette forme de résilience énoncé dans cette exposition, est parfaitement démontrée sur l’œuvre de Fernand Sawadogo : «Ma toile est un ressenti personnel de cette pandémie. Au de la progression de cette maladie et surtout de l’ampleur qu’elle prise, il était opportun que je m’exprime à partir de mon vécu sur cette toile » analyse le peintre. Fernand Sawadogo c’est ; 20 ans de métier et de multiples exposition à travers le monde. Il passe pour être le spécialiste de la méthode par peinture acrylique. C’est une sorte de pâte conditionnée souvent dans des tubes et qui doit être diluée à l’eau et étalée à l’aide du pinceau.

Konkodo Jazz de Sahab Koanda

L’ambiance de l’Avenue Indépendance est inhabituelle en ce moment. Le «Konkodo Jazz » de Sahab Koanda a été l’attraction majeure lors de la cérémonie de vernissage. C’est néanmoins une centaines d’œuvres de tout genre qui sont exposées sur cette avenue.

Une occasion également pour les artistes plasticiens de revenir sur la question du «milliard» et les échauffourées sur les passations de marchés au sein de leur filière.

“L’Etat doit se rapprocher des artistes” dixit Inoussa DAO

Selon Inoussa Dao ; le Ministère devrait plutôt aller à la rencontre des artistes. «Nous n’avons pas d’encadrement pédagogique. Chacun évolue en vase clos et choisi sa voie. C’est donc difficile de ramener un artiste sur un autre projet car il reste figé. C’est la coalition des idées qui pose problème dans notre métier…Nous allons continuer à dénoncer cette pratique lugubre de passation de marchés. Nous pensons plutôt qu’il faudrait sortir de ce cadre d’appel à projet. A mon avis ; il serait plus convenable d’aller vers les acteurs eux-mêmes. Il y a des artistes qui sont talentueux dans leur domaine, mais ne savent rien de la paperasse. Il faut plutôt aller à la rencontre de ces plasticiens talentueux afin que ces derniers fassent des propositions afin de voir comment les aider. Si on lance un appel à projet, malheureusement ça sera toujours les mêmes d’il y a quinze ou vingt ans, qui auront les marchés.»

Fernand Sawadogo; Spécialiste en peinture acrylique

Quant à Ky Siriki, il n’est pas passé par quatre chemins pour fustiger les «pseudos artistes» qui ne sont autres que les anciens. Pour lui ; le Fonds exceptionnel d’appui à la Culture et aux Arts il «n’a rien à foutre !». Mais si on lui donne, il prend. «…Un vrai artiste ne doit pas se mettre sur le dos des autres ! Ce sont les artisans qui prennent pour les artistes qui fomentent ce désordre.  Malheureusement, il y a des gens qui achètent le métier d’artiste. Ce ne sont pas des vrais artistes ! Il faut les jeunes extirpent ceux-là de leur rang… Il y a des gens qui sont devenus des bizness men, mais ce ne sont pas des vrais artistes. Ils ont  leur gars au sein du ministère et ils ont même plombé ce département. Mais ça-là, je m’en fous de ça ! Ils peuvent être des milliardaires ;  mais ils ne sont pas des artistes ! Un artiste est reconnu à partir de sa création sur le plan national et international…Je m’en fous du milliard que le Gouvernement donne aux artistes ! Je suis burkinabè comme les autres, si on pense que pendant la COVID-19, j’ai perdu de l’argent, qu’on vienne me le donner. Je ne vais me lever courir partout à monter les dossiers pour prouver que je devais organiser ceci ou cela et que j’ai perdu de l’argent. C’est plutôt ceux qui sont là depuis longtemps qui sont des imposteurs ! C’est eux qui vont aller mentir pour avoir le milliard.  J’avais une exposition en Allemagne à Brême et  Toulouse : j’ai les papiers ! A cause du COVID-19, on a annulé et d’autres sont reportées. Je ne vais aller demander l’argent pour ça. Si on me donne, je prends. Si j’ai longue vie, l’année prochaine, je vais l’expo. Je ne suis pas dans les combines. Ça ne m’intéresse pas ! »

L’exposition Wekré se poursuit jusqu’au 26 juillet 2020 sur l’Avenue de l’Indépendance et au Parc Bangr Weogo.

Hervé David HONLA

 

 

 

 

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