Edito

L’Après COVID-19 : Comment relancer la culture burkinabè ?

“Plus rien ne sera plus comme avant”

La crise sanitaire causée par la pandémie de la COVID-19 a été un révélateur de la fragilité du milieu culturel, mais aussi de son importance comme un patrimoine commun. Par conséquent, la culture doit tenir une place de choix importante dans la relance économique.

L’on se souvient du discours très attendu du Président du Faso, Roch Marc Christian KABORE le 2 avril 2020 où il avait annoncé une avalanche de mesures dans le but de soutenir plusieurs secteurs plongés dans une crise et une psychose sans lendemain, y compris la culture. Pour donc venir en aide au secteur des Arts, de la Culture et du Tourisme, l’Etat avait énoncé un plan de relance financier, selon le Ministre Abdoul Karim Sango, de 1 025 000 000 F CFA.

Rappelons néanmoins que le secteur culturel a été parmi les premiers à être mis hors service et qu’il est également le dernier à pouvoir reprendre ses activités normales (si la normale reviendra). Au regard de la situation chancelante des reprises des activités, notamment celles œuvrant dans le secteur des Arts vivants, il est fort à croire d’une impossible reprise comme par le passé. La confusion dans certaines prises de décision, l’incertitude de l’évolution de la pandémie ne font qu’alimenter le doute.

Au moment  où la relance s’amorce dans certains secteurs, le milieu des Arts, de la Culture et surtout du Tourisme sans oublier ses principaux acteurs, s’inquiètent de la suite des évènements. Plus que jamais, le milieu a besoin d’une volonté politique forte. Les dons et aides ne sont que des solutions d’éventails pour calmer la chaleur. Tout comme la cagnotte de 1 025 000 000 F CFA n’est pas un dédommagement mais plutôt une solution alternative. Il faudrait que l’Etat Burkinabè manifeste clairement son parti pris pour la Culture et son intention de soutenir et de favoriser la relance à travers des investissements structurels et des formations. Les priorités sont partout et bien sûr dans la Culture. Devant l’urgence de la situation, le Confédération Nationale de la Culture lors de son deuxième congrès extraordinaire statutaire qui s’est déroulé le 19 juin dernier, a consacré deux modules sur la relance de la culture : «La protection des œuvres artistiques pendant et après la crise sanitaire » et «Le financement et la relance post crise sanitaire». Tout en espérant que de telles communications ne soient pas simplement des meubles pour cette institution, il serait bonifié qu’elles aboutissent à un plan d’action concerté sur l’avenir des Arts et de la Culture sur l’ensemble du territoire national. Il est essentiel de réfléchir ensemble et non seulement avec les acteurs de Ouagadougou et dans l’immédiat. Afin de trouver des meilleures stratégies possibles pour répondre ainsi aux besoins de tout un chacun et envisager un après-confinement serein et lucratif. Les prochaines échéances s’annoncent rudes et surtout les programmations des spectacles et les rapports interactifs avec le public dans nos salles et espaces de loisirs, vont subir des mutations.

Télesphore BATIONO, Président de la Confédération Nationale de la Culture

D’autant que lors de son discours le 21 juin à l’adresse des artistes musiciens, le Ministre Sango disait : «…Subséquemment, nos artistes qui, vivent beaucoup plus des représentations que des ventes des disques, ont enregistré d’énormes pertes, dommageables à l’ensemble des acteurs culturels ». Certains promoteurs des spectacles annonceraient même à l’avenir, une baisse significative des rémunérations des artistes lors des spectacles pour cause de COVID-19.

Il faudrait donc repenser le modèle de la création et de la diffusion des Arts et de la culture. Ce milieu doit pouvoir s’appuyer sur une vision culturelle et des lignes directrices appropriées à la conjoncture. Tous, incluant les gouvernants qui devront faire preuve d’agilité afin d’assurer une reprise efficace.

L’importance de la solidarité doit être un maillon fort. La grande précarité de la majorité des artistes, des entreprises culturelles, des managers et lieux culturels est préoccupante. Il est donc essentiel de préserver déjà les acquis en termes de potentialités culturelles et artistiques que le Burkina possède. Soutenir les festivals, les formations, les spectacles par le biais des sponsors et surtout en appelant les entreprises culturelles à se structurer en véritables entreprises.

Il faudrait réactualiser l’achat des œuvres locales, se réapproprier de la culture burkinabè tout en accédant aux marchés internationaux.

L’investissement des infrastructures culturelles est devenu une priorité pour le Burkina Faso. Car ils permettront d’accroître la création, de multiplier les efforts dans la promotion et la commercialisation afin d’assurer une bonne diffusion à l’international.

Il faudrait également soutenir les nouvelles formes et techniques numériques de diffusion qui se sont déroulées pendant la crise. Ce sont des nouvelles pistes porteuses qui permettront à chaque discipline de se réinventer avec de véritables programmes et de diffusion à l’ère du numérique. L’expertise de la jeunesse doit être prise en compte.

Au regard du dynamisme que les acteurs culturels ont apporté dans le numérique pendant le confinement, il serait opportun de transformer ces nouvelles expériences numériques en sources de revenus en faisant évoluer la diffusion en ligne vers un modèle payant. Comme dans d’autres pays. Le BBDA et les instances de régulations doivent s’y mettre.

Il serait judicieux de transformer cette crise en occasion de rénovation du secteur culturel. Le mode de financement, les sponsorings, les habitudes de consommation des produits locaux, les formes de spectacles et de festivals, l’ouverture vers d’autres artistes talentueux et non toujours les mêmes etc. Intégrer aussi aux critères d’évaluation, les indicateurs de performance pour ne pas diffuser des œuvres médiocres en ce qui concerne la musique, le cinéma, la danse et l’humour.

Il est également important, de restaurer une véritable relation entre les artistes et le public. Le civisme des populations, notamment des jeunes, demande à être rétablie et le message à leur adresser doit être approprié.

Par conséquent, tout doit se faire dès la base. Notamment, mobiliser le public scolaire tant dans les classes qu’en milieu culturel en renforçant le rôle des enseignants comme des facilitateurs culturels.

Tout compte fait ; la relance des activités culturelles post confinement connaîtra des reformes significatives. Comme le dicton le dit : «Tout ne sera plus comme avant ! »

Hervé David HONLA

 

 

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