Edito

Spectacles au Burkina : Le Covid-19 a naturellement vidé les salles

Vers une année culturelle blanche?

«Covid a rendu les marchés vides. Covid a rendu les églises vides. Covid a rendu les mosquées vides. Covid a rendu les salles de spectacles vides… ». Comme le chante Dez Altino dans sa dernière sortie «Covid-19» de la maison ALTINO PROD.

Le monde du spectacle dans la plupart des pays dans le monde est à l’arrêt. Le Burkina Faso en est encore plus. En ce 31 mars 2020, la ville de Bobo-Dioulasso serait en train de bouillonner aux rythmes de la Semaine Nationale de la Culture (SNC). Le Ministre Abdoul Karim Sango était déjà en train d’essuyer les affres des artistes. Journalistes, artistes, techniciens et professionnels de la culture seraient en ce moment au charbon.

Les mois de mars et avril étaient en ce moment en ébullition culturellement. De  Ouagadougou à Bobo-Dioulasso en passant par Nyangologo, Banfora, Koudougou, Dedougou…comédiens, artistes plasticiens, musiciens, chorégraphes, cinéastes, écrivains tous devraient être en ce moment, en train d’extirper tout leur savoir-faire qu’ils ont concoctés pour cette année 2020.

Le CENASA (Centre National pour les Arts et du Spectacle et de l’Audiovisuel) est également en train de payer le lourd tribut. Réputée depuis sa rénovation, comme étant la salle la plus luxuriante et la plus sollicitée du Burkina Faso, elle était déjà bookée tout le long de l’année. Son Directeur Général Seydou Zongo dit Zêdêss s’apprêtait déjà mettre une «police d’hygiène» pour traquer les vandales ou les fouteurs de «merdes» dans sa salle.

le DG du CENASA Seydou Zongo (A gauche) avec à ses côtés l’artiste Fadeen

A cette période ; un artiste comme FADEEN (Révélation musicale 2019) avait déjà déployé son dispositif spectaculaire pour son baptême de feu de son tout premier spectacle live, goupillé par sa maison de production VIVERO. Le public serait déjà entassé dans la salle et le décor des plus fantasmagoriques, jonchait déjà la cuvette. Les photographes (de plus en plus nombreux à Ouagadougou) seraient déjà en train perturber la vue des spectateurs. Les artistes retenus pour les premières parties affûteraient déjà leurs armes dans les coulisses, tandis que, l’adrénaline montait déjà au sein du staff de Fadeen. Car les journalistes férus des critiques les plus acerbes, étaient  déjà sur les starting-blocks pour «descendre» le spectacle le lendemain.  Les artistes rivaux de Fadeen allaient être présents ou se faire représenter discrètement dans la salle, pour relever les insuffisances du spectacle. Pendant ce temps,  les caïds du showbiz se seraient  installés en face du CENASA devant la buvette, ingurgitant des casiers de bières tout en faisant des vas-et-viens entre la salle et les coulisses. Certains s’installeraient uniquement dans cette buvette pour scruter et lorgner les jeunes minettes alignées devant un long rang qui arpente le CENASA jusqu’au Lycée Zinda Kaboré.  Un rang qui côtoie par la même occasion les filles de rue, exhibées le long de la rue.

Des spectacles au CENASA qui, non seulement rassemblaient de nombreux professionnels du showbiz, mais également, étaient l’occasion pour les uns et les autres de nouer des prochains partenariats et contrats. Des incontournables du showbiz comme Kenzo Cash Liguidi, serait déjà en train de faire valoir ces services de façon bénévole, dans ce spectacle. Le DG du BBDA Walib Bara allait se faire installer sur les premières rangées,  aux côtés du DPPIC et du DAF du Ministère de la Culture des Arts et du Tourisme Abdoul Aziz Roamba. Pendant ce temps, les vendeuses à l’étalage devant le CENASA auraient déjà transformé cette devanture en dépotoir de sachets plastiques et bidon d’eau etc. Les parqueurs quant à eux, se seraient démultipliés dans la zone en imposant 200 et 500 FCFA pour engins à 2 roues et véhicules, sous le regard discret de la police installée dans la pénombre de leur direction générale. Attendant impatiemment, qu’un usager ne franchisse leur barrière de sécurité. C’est un châtiment immédiat qui l’attendrait.

kenzo Cash Liguidi (A gauche), lieutenant du Président de l’AMPM, Ibrahim Zerbo

Le CENASA qui, habituellement au mois de mars et Avril, enregistre des chevauchements  d’évènements cultuels, se retrouve vacant uniquement avec des agents de sécurité qui ronflent devant leur poste toute la journée.   Pourtant à cette période de l’année, les camions de matériels de sonorisation sont installés devant l’entrée principale de la direction générale, attendant qu’on libère la salle occupée par une séance d’atelier. Ce qui met souvent dans une «colère de gorille», le DG dudit espace. Le staff de Dez Altino en avait eu récemment à subir ces courroux. A cette période, les nerfs sont à vifs et les journalistes friands des scoops se régalent.

Des conflits de génération et de «clans » éclatent souvent par managers interposés. Ce qui pousse souvent malgré tout, le Président de l’AMPM, Ibrahim Zerbo dit PDG,  à sortir de son mutisme. Très discret et placide, c’est lors des spectacles au CENASA qu’il approche sobrement et séparément les différentes parties pour juguler les crises ou les malentendus.

les effets sont aujourd’hui dévastateurs pour des centaines de professionnels au Burkina Faso: les artistes, les festivals, les producteurs de spectacles, les entrepreneurs de tournées, les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, les techniciens, les salles de concerts, les producteurs phonographiques, les manageurs, les prestataires techniques, les professionnels de la facture instrumentale et plus largement l’ensemble des personnes dont les revenus dépendent de la scène, de la création et de la diffusion d’œuvres musicales.

Une année blanche culturelle s’annonce-t-elle à l’horizon ?

Hervé David HONLA

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