Le Coup d'OXYGENE

Mauvaise qualité des œuvres musicales : Nos arrangeurs sont-ils aussi pour quelque chose ?

Les studios indexés par les jeunes créateurs

 

L’analyse publié dans le célèbre journal en ligne OXYGENEMAG.INFO intitulé «Comment guérir les DJ au Burkina ?» parue le 20 mars 2020 a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans le milieu des Disc-jockey qui se sont sentis concernés et ont tenté de réagir. L’industrie musicale comme toute industrie, est un travail qui se fait à la chaîne. Toutes les parties prenantes participent à la vie de l’entreprise. Dans la musique ; plusieurs acteurs et métiers jouent un rôle capital. Les instrumentistes, les danseurs, les choristes, les producteurs, les animateurs, les journalistes, les ingénieurs de son et surtout les arrangeurs.

 

Avec la recrudescence des homes studios provoquée par l’avancée des nouvelles technologies, le métier d’arrangeur est devenu l’un des maillons très importants de la chaîne.

Mais comment travaillent-ils au Burkina ?

OXYGENEMAG.INFO a fait une petite enquête au sein de certains acteurs (artistes/auteurs et maisons de disque) de la filière. Les résultats sont assez alarmants voire inquiétants. Inquiétant surtout pour les artistes musiciens en herbe ou ceux qui n’ont pas assez de moyens et ne sont pas célèbres.

Sachez d’entrée de jeu que l’arrangeur est celui qui  effectue le gros travail sur la qualité du son de l’artiste. C’est lui qui donnera le goût et la couleur de votre chanson. Contrairement à ce que l’on avance souvent dans le milieu ; le compositeur n’est pas forcément l’arrangeur de la musique. Il peut arriver que le compositeur délègue les arrangements à un arrangeur ou encore l’auteur peut guider l’arrangeur dans le choix et la qualité de la musique qu’il souhaite mettre dans sa chanson. Dans ce cas de figure, l’arrangeur doit être capable ;  qu’à partir d’une simple mélodie ou d’une harmonie, faire le reste. Il va donc créer une orchestration qui définira l’identité du morceau et notamment, le style musical. En somme : l’arrangeur est chargé de mettre la bonne note, au bon endroit avec le bon instrument.

 

Kevinson et…

Mais malheureusement, ce n’est pas ce que nous constatons dans la plupart des chansons. Certains  artistes ont eu le courage de délier leur langue en présence de notre micro : «Parfois les arrangeurs ne nous laissent pas le choix. Ils nous exigent de payer parfois à l’avance 150.000 FCFA pour un morceau et plus tard, ils bâclent nos chansons. Ils refusent qu’on leur apporte notre suggestion. Ils disent qu’ils sont pressés et estiment qu’on ne doit pas faire le travail à leur place » se lamente l’artiste V.L.B.

Beaucoup de ces «techniciens de studios» sont obnubilés par l’appât du gain. Leur réputation encore moins celle de leur studio ou de l’artiste importe peu. Beaucoup possèdent des prototypes ou des catalogues musicaux de certains styles d’artistes. Ils fonctionnent à la tête et selon la poche du «client».

Le constat est souvent flagrant ; il nous arrive parfois de découvrir certaines œuvres musicales qui sont identiques dans la forme et le fond musical : le tube «Ning Dossé» de Johnem est pratiquement similaire à «Mannin Zamaana» de Vidas le Brillant fait par le même arrangeur Kevinson. Des exemples sont légions avec d’autres arrangeurs notamment ceux qui sont le plus sollicités. Le travail est-il bâclé ou l’arrangeur sous-estime l’artiste ?

 

La question de l’assistanat et du respect de la parole donnée des arrangeurs est souvent la principale cause de discorde avec les artistes en herbe. «Il me donne rendez-vous à 10h pour le studio. J’habite à Kamboissin à 25 KM de son studio. Parfois il me fait attendre toute la journée pour après me dire de passer le lendemain. Pire encore, dès qu’on commence à travailler ; dès qu’un artiste célèbre Donsharp, Floby ou Dez Altino l’appelle pour le studio, il me demande de sortir attendre dehors ou de repasser le lendemain. » Décrit désespérément M.D

Le manque d’organisation des arrangeurs engendre d’énormes lacunes au niveau de la créativité. Parfois c’est grâce à la ruse de l’artiste ou après avoir eu de vives échauffourées que l’arrangeur finit par rendre l’artiste dans son studio : «…Pourtant en studio, je lui donne du café, de la bière, de l’argent de la cigarette et même des cadeaux à ses enfants et son épouse…ce qui n’a rien à voir avec le contratAprès m’avoir tourné en bourrique des jours et des mois, je commence parfois à m’énerverDans ce cas le climat dans lequel nous travaillons n’est plus ambiant et je ne suis plus inspiré. Parce que c’est après l’avoir engueulé qu’il me fait passer en studio. Parfois, il refuse catégoriquement que j’apporte quelques corrections dans ma chanson. Soit disant que je n’ai pas de leçons à lui donner. Parfois, c’est à contre cœur, que je reprends mon titre mal fait.» avoue A.P

…et Doctoré, les arrangeurs les plus sollicités au Burkina Faso

Le travail en studio devrait se faire dans un esprit bon enfant et de camaraderie. Chacun (auteur, musiciens, arrangeur etc.) doit y apporter du sien. Parfois c’est l’auteur de la chanson qui tranche sur le style ou la forme qu’il voudrait donner à sa musique et non l’arrangeur. Selon l’arrangeur Sam Etienne Zongo, les artistes ne font pas assez d’efforts. Dans une interview accordée au journal Le Faso.net.  il disait ceci : « Beaucoup ne vont pas à la source, ils ne prennent pas le temps d’apprendre les B.A.BA de la musique. Le studio n’est pas une école de musique. On va d’abord à l’école de musique pour apprendre, ensuite, on vient au studio faire la pratique. Certains, parce qu’ils ont abandonné l’école ou sont au chômage, trouvent que la seule voie à explorer, est celle de la musique… »

Est-ce pour cette raison que l’arrangeur doit exclusivement se contenter de «griffonner» un beat en 30 mn à l’artiste et lui demander de sortir de son studio ?

De plus en plus, certains artistes bénéficient du Fonds de Promotion Culturelle au BBDA (Bureau Burkinabè de Droit d’Auteur). Un Fonds qui n’est plus directement remis aux auteurs mais plutôt aux prestataires (maison de production, studio etc.) Ce sont eux qui mettent en œuvre les financements que l’auteur a octroyé au BBDA. Certains arrangeurs ont trouvé également une aubaine pour se remplir les poches. Témoignage d’un artiste qui avait bénéficié de ce fonds :

«J’avais bénéficié du financement du BBDA pour l’enregistrement de deux titres et d’un clip qui revenait à 1 millions deux cent cinquante mille. Il était prévu que je contracte des maisons remplissant les critères d’éligibilité pour exécuter mon projet. Il fallait donc que j’apporte 20% du budget en nature que j’ai personnellement versé au BBDA. Avant de bénéficier de ce fonds, le studio qui était chargé de prendre l’argent du BBDA m’a tellement mis la pression pour qu’on fasse vite les deux titres pour qu’il récupère l’argent. Il a bâclé mes deux chansons. Sans mixage ni maxtering, il m’a dit de signer le document pour aller remettre le projet et prendre l’argent. Jusqu’aujourd’hui où je vous parle ; tous les 200 CD que j’ai dupliqués sont à la maison. J’ai honte de donner ça à un ami, car c’est tellement mal fait et impropre à la consommation! J’étais obligé d’aller tout recommencer dans un autre studio avec des frais supplémentaires» Renchérit l’artiste V.L.B

 

L’idéal voudrait que l’arrangeur ait une grandeur d’esprit et surtout une longueur d’avance dans son métier. Sa grande connaissance en écriture musicale et l’orchestration devraient suffire à rehausser la qualité des œuvres musicales. Il doit par conséquent être imaginatif et créatif tout en ayant un sens aigu de l’harmonie.

Par ailleurs, la carrière de l’arrangeur se base sur son habileté, son humilité et son impartialité. Cela lui permettra de constituer un bon carnet d’adresse au regard de son bon sens du relationnel.

Hervé David HONLA

 

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