Libre Propos

DEBATORO : Trois chansons d’anthologie

Le Président du Faso en collaboration

Je me baladais paisiblement hier à bord de ma bécane à la patte-d’oie, gros casque audio high-tec aux oreilles. Comme par enchantement,  je me suis retrouvé à Tampouy, derrière la mairie.

A force d’écouter en longueur de journée les trois tubes que j’ai découvert du dernier album «Soundjata» de Donharp de Batoro, je me suis demandé pourquoi je me retrouve subitement sur le site du festival AFROBEAT ? Pourtant, le festival de Jean Marie Nabi Zopito est prévu du 1er au 5 avril 2020.

La raison est toute simple ; c’est le tube «Kandô» qui m’avait dérouté le chemin. Comment un individu qui ne pige rien de la langue Gurunssi se met à se trémousser en public sur sa moto ? 100% folklore en live dans un rythme fougueux où la flute et le glissando de la basse se conjuguent au pluriel avec la complicité de la caisse claire et des cymbales. J’imagine toute la communauté du Sanguié en extase en train de jacasser sur cette chanson, à la suite de la victoire aux présidentielles de leur leader.  Surtout cette fin du tube vocalement musclée, où DONSHARP dit ceci en Gurunssi à son arrangeur Kevinson, je cite: «Kevinson, Iba blessèmou bi… hun hu!  Wa cheu-cheu !» j’espère que j’écris bien.

Pendant que je rebrousse le chemin, je tombe dans un featuring, à la fois éblouissant et atypique. Imaginez le Président du Faso en Featuring avec le Parolier ! «De plus en plus, ce sera toujours plus difficile à tous, de pouvoir avoir des fonctions de bureaux. Il faut que l’initiative privée soit développée dans des domaines et des matières… » Pas besoin qu’on me fasse un tableau pour reconnaître la voix coriace de mon Président. Une voix si imposante à l’image de sa taille de basketteur prête à Dunker sur ma tête.

Le parolier aborde frontalement ici, la question de l’emploi dans la fonction publique à travers son titre «Auto emploi». Dans une forme de ragga-dance hall, il fait une enveloppante déclamation sur ce fait de société qui constitue un véritable casse-tête pour nos dirigeants : «…Quand l’Etat lance un concours pour 2 places, on est déjà 10 000 dans la place. Les écartés, ils vont s’écarter et pourtant, ils peuvent impacter autrement sur l’économie  …Numéro matricule n’est pas pour tout le monde. Pour le salut de l’économie, redynamisons le secteur privé». J’imagine l’artiste entonner cette chanson devant le PF lors de la clôture de la SNC 2020. Il faudrait qu’il monte sur scène en featuring ce jour-là.

 

Au moment où  j’empruntais mon virage vers Nagrin pour foncer dans mon appart’, j’ai marqué aussitôt un temps d’arrêt quand j’ai écouté ceci ; «C’est gauche de monter son village de la main gauche. Bédré ya bédré, Wa mien ! Wa cheu-cheu !».

Ce tube, à mon avis doit être l’hymne du Ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat. Il n’y a pas meilleure façon d’interpeller les burkinabè sur la consommation locale que ce tube «Consommons local»

Ce qui est encore plus exaltant dans cette chanson, c’est la présence d’Hamed Smani. Avec une dextérité vocale et rythmique dont lui seul connait le secret, il a rendu ce tube extrêmement digeste et émotionnel. Un takborsé éloquent et sulfureux qui ne peut en aucun cas vous laisser indifférent. C’est pour cette raison que je me suis arrêté sur la chaussée pour davantage l’écouter. Un agent de police s’est même approché vers moi, me demandant si j’avais un problème. «Non… Naaba. J’écoute le feat DONHARP/HAMED SMANI» lui ai-je répondu

«Consommons local…burkinabè… » C’est exactement le combat que le Ministre Harouna Kaboré est en train de mener en ce moment. Imaginez-le en train d’incinérer les produits contrefaits ou illégalement importés en remettant aux aigrefins, ce tube comme corvée à écouter 1000 fois par jour.

Un véritable chef-d’œuvre qui interpelle aussi et surtout les DJ des discothèques : «…Pour le salut de l’économie,  produisons ce que nous consommes ! Consommons ce que nous produisons ! Ca réduit le chômage… » Et Hamed Smaini de conclure :

«Consommons le Riz, Burkinabè, le sucre, Burkinabè. Consommons le coton, Burkinabè. Consommons la musique…Burkinabè ! » Ce n’est pas moi qui le dit.

Que cette musique soit jouée et consommée sans modération par nos DJ. Hai !! Les connaissant ; ils vont jeter ce tube dans la corbeille de leur ordinateur.

Surtout avec ce que LECHAT vient de publier !

Tout compte fait, pendant que je mettais cet article sous presse, j’étais assis devant un ordinateur dans un secrétariat public ;  Le Kundé d’or et 12PCA 2017, Imilo Lechanceux est venu discrètement me surprendre dans mon laboratoire cognitif, découvrant comment je décrypte leurs œuvres. Megde !

LECHAT !

 

 

 

 

Les plus lus

To Top