Libre Propos

Concert AFROBEAT de CHEEZY

Entre professionnalisme et amateurisme

 

Le moment et la date n’étaient pas mieux choisis pour ce samedi 22 février 2020 afin que je puisse assister au CONCERT DE L’AFROBEAT initié par l’artiste burkinabè CHEEZY surnommé par ses «Soldats», le «King de l’Afrobeat». J’ai toujours eu l’aubaine d’assister à ces différents spectacles. La date et l’heure coïncident souvent avec mon calendrier. Ce qui n’est pas souvent évident pour d’autres artistes et évènements. 

Cheezy l’a fait

Après avoir bifurqué et surtout virevolté toutes les barrières de police qui jonchent les alentours de l’hôtel Indépendance et la Direction de la Police Nationale, pour me rendre au CENASA. Je me suis subtilement installé en face de cette salle de spectacle, le temps de siroter une «Guinness». J’épiais les vas-et-viens des jeunes, des artistes, et même des adultes qui entraient et ressortaient de cette salle tant convoitée aujourd’hui. Certains parmi eux, malgré que je me sois dissimulé dans ma casquette, ils arrivaient à me reconnaître et venaient me saluer. «Bonjour Kôrô…comment vous allez ? C’est Vins qui m’a dit que vous êtes assis ici. Je ne vous avait pas vu. Nous sommes venus juste vous saluer » affirme la jeune artiste El Bandita venue respectueusement me congratuler avec son collègue. Assis aux côtés des cadres de la communication de TELECEL FASO en l’occurrence Harouna Ibrahima Konkobo et Souleymane Soudre dit Mao, venus me rejoindre plus tard, nous avons survolé l’actualité culturelle de ses derniers jours. Dans les secondes plus tard qui ont suivi, notre table commençait à se remplir des bouteilles d’alcool et d’eau minérale en fonction des goûts de chacun offert des tierces personnes.

Venu spécialement pour suivre de bout en bout le spectacle de CHEEZY, j’ai discrètement pris congé de mes «éthyliques» d’une nuit pour m’introduire dans la salle de spectacle, laissant les cadres de TELECEL dans leurs interminables tripotages de Smartphone.

Grande fut ma surprise quand je me suis infiltré dans la salle et m’assoir discrètement sur la première rangée. La salle était submergée de branding ! Rare de voir à Ouagadougou, dans un spectacle de musique, autant de sponsors. En plus, dans une salle comble où les jeunes communiaient ensemble sans écart de langage ni de comportements désuètes. Une dizaine d’artistes (slam, afrotrap, reggae,  rap, dance hall etc.) se sont succédé sur le podium avant l’entrée en lice de l’hôte de la soirée. Chaque artiste pour la plupart inconnu du grand public et notamment, de certains acteurs du showbiz, était ovationné ostensiblement. Leur tube était chanté en chœur par le public. Comment des jeunes, avec une simple maquette ou un single, arrivent à haranguer autant la foule ? Comment communiquent-ils ? Quelles sont leurs canaux de communication ? C’est autant de questions que je me posais dans la salle, quand j’observais cette liesse.

Hommage rendu à Issouf et Yannick

Malgré leur voix approximative et leur incohérence au niveau des gammes, les beats et l’arrangement étaient de haut niveau. La volonté et le talent y sont, mais la direction artistique fait défaut.

Cette nouvelle vague d’artiste très jeunes possèdent beaucoup d’atouts, contrairement à la vague du Hip Hop des années 2000 : Ils ont la technique, ils maîtrisent les nouveaux outils de communication, ils ont le public qui les adule et enfin, ils ont du fric. Ils financent eux-mêmes leur spectacle parfois avec la complicité de leurs parents. Ils obtiennent l’accompagnement des annonceurs qui sont eux-mêmes, de jeunes opérateurs économiques. Bref, ils sont autonomes. Ce qui leur manque malheureusement, c’est la formation, l’expérience et l’assistanat des aînés.

Leur solidarité également m’a beaucoup séduit. Tous les artistes de cette «génération » étaient présents à ce concert. L’équipe de Fadeen, Hugo Boss, Tanya, Vins, Djo Lerapide, El Bandita, 2BM, Buzz Nader, Doudou Starboy pour ne citer que ceux-là. Cette solidarité est même allé jusqu’au-delà du culturellement correcte. Le maître de cérémonie n’hésitait pas inviter des jeunes artistes en herbe sur scène pour faire des «free-styles».

Patiemment assis face à la scène, j’attendais impérativement l’entrée de l’artiste CHEEZY. Un dispositif back-line au grand complet était installé sur scène. Un DJ (sorte de beatmaker), deux choristes, un bassiste, un soliste, un batteur, un pianiste, trois danseurs et l’artiste. Impressionnante comme fiche technique ! Surtout pour un artiste donc sa vocation première était le playback et la programmation. Allait-il être à la hauteur ? C’était ma première interrogation, au moment où le présentateur Freedy Lino a commencé sa rhétorique interminable.

communion parfaite avec son…

Pour une soirée de partage et de communion, parfois, il faudrait que certains présentateurs se la jouent simple et naturelle. La prestation de Freedy Lino était superflue. 20 minutes pour présenter son jingle le glorifiant. C’est assez prétentieux. Il était souhaitable qu’il prenne ce temps pour davantage magnifier l’artiste et non sa personne. Le public est venu communier et danser avec Cheezy et non se délecter des jingles qui glorifient l’animateur.

Un bel hommage rendu à Issouf Bonkoungou et Yannick SANKARA. A plusieurs reprises, artistes, animateurs n’ont cessé d’évoquer leur mémoire. Des minutes de silence par ci, des applaudissements par là avec des effigies géantes déployées sur la scène etc.

…public

Subjugué par les ovations que Cheezy a reçu dès qu’il est monté sur scène avec tout son orchestre, j’ai finalement pris la résolution de suivre l’entièreté de son spectacle débout.

Visiblement décontracté pour son premier live d’envergures internationales, mais le «King» de l’Afrobeat au Burkina est resté mesuré. Fini les extravagances sur scène comme lors de son précédent spectacle à Canal Olympia de Pissy, où il pouvait se permettre de tout, en playback. Au CENASA, il a plutôt admirablement bien suivi les règles du live. A savoir ; être en phase avec son orchestre, être au diapason avec son métronome et surtout choisir des plages pour haranguer son public.

L’un des moments hideux de son spectacle, c’est la présence inopinée de l’humoriste Djo Lerapide. Monter sur scène et demander à prendre le micro au moment où l’artiste a déployé son conducteur, c’est faire preuve d’amateurisme. Ce n’est pas du playback ! En plus, il est formellement interdit qu’un collègue artiste, vienne s’accaparer du micro quand rien n’a été peaufiné lors des répétitions. Cela biaise non seulement le spectacle, mais également ça déstabilise tout l’orchestre. En plus d’avoir saisi le micro, cet humoriste a demandé à l’orchestre de l’accompagner dans ses élucubrations en chantant fausses et hors gamme. C’est un spectacle live ! Faites souvent preuve de rigueur lors du rendu de vos spectacles. Evitez les intrus et les apparitions de mauvais gouts.

Cheezy a su apprivoiser les rouages et contours d’une scène de spectacle live

Déployer autant de matériels pour un artiste de sa trame et avec ce style musical, il faut avoir des garde-fous solides et surtout se munir d’un ingénieur de son et d’une régie d’appoint. Quelques imperfections certes mineures dues aux fiches de mauvaises qualités, ont symboliquement dénaturé certains aspects de son spectacle. C’est surtout à mettre au compte du manque d’expérience.

Cheezy a su apprivoiser les rouages et contours d’une scène de spectacle live. Reste à lui, de multiplier les séances de répétition jusqu’à trouver la bonne formule. Faudrait-il se munir d’une dizaine de musiciens sur scènes ou plutôt faire un spectacle live digeste alliant programmation et acoustique ? Tous les tubes ne peuvent être joués de la même façon. Certains peuvent se jouer avec l’orchestre complet, d’autres en acoustique ou avec des beatmakers. Un spectacle c’est aussi un peu de tout. Toute l’équipe ne peut pas demeurer sur scène tout au long d’un spectacle. Il faut souvent varier.

“Ils ont créé leur monde artistique, leur showbiz virtuel, leur forme de communication et surtout leur industrie musicale”

Le casting des danseuses laisse également à désirer. Cheezy est déjà lancé vers une carrière sous régionale voire internationale. Par conséquent, le marché devient de plus en plus exigeant. De toute la prestation héroïque de Cheezy, la grande déception aura été les danseuses. Leur forme physique ne sied pas. Elles étaient physiquement épuisées et l’une d’elles passaient plus de temps à refaire sa coiffure  qu’à danser. Assez ronde avec la bédaine, lourdes et essoufflées. Un casting rigoureux et une discipline scénique s’imposent.

Etant friands des sites de téléchargements et surtout des ventes en ligne des spectacles, les artistes devraient faire attention à tout ce qu’ils diffusent sur ces plateformes. La moindre bavure d’une danseuse ou d’un musicien peut sursoir le contrat d’un artiste à un festival. Le laxisme des danseuses tant au niveau de leur morphologie et de leur prestation peut ternir l’image d’un spectacle. Vaudrait mieux avoir des danseuses et danseurs respirant de l’énergie et la forme physique. Que d’avoir ceux ou celles qui reflètent la boulimie.

Heureux surtout d’avoir assisté à un spectacle live de cette nouvelle vague d’artiste qui fait dans la musique urbaine. Ils ont créé leur monde artistique, leur showbiz virtuel, leur forme de communication et surtout leur industrie musicale. Il serait impératif que les aînés s’en inspirent où les convient régulièrement à leurs évènements, au lieu de leur barrer le passage.

LECHAT !

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