Entretien avec

L’artiste camerounais Général Valsero fustige

«Les colons décident qui doit diriger l’Afrique»

Présent au Burkina Faso à la faveur de la 15è édition du Ciné Droit Libre à Ouagadougou, l’artiste Camerounais engagé, Gaston Abé-Abé dit Général Valsero donne des conférences et présente son film documentaire «Du Piment sur les lèvres». Président de l’association «JEUNE ET FORT», il est auteur de plusieurs albums de rap et hostile à la longévité du président camerounais Paul Biya, il vient d’ailleurs de sortir de prison. OXYGENE MAG est allé à sa rencontre, pour un entretient succinct et direct.

“Je suis tout de même un peu surpris que Macron soit étonné du sentiment anti-français”.

Qu’est-ce qui suscite tant de tension politique au Burkina Faso ?Il y a de plus en plus une ouverture d’esprit et des yeux. Aujourd’hui, beaucoup de camerounais sont très éveillés par ce qui se passe au Cameroun. Beaucoup sont nombreux à rejoindre le camp de la contestation, de l’illégitimité et tous les jours, que cela soit ceux de la diaspora ou ceux qui vivent au Cameroun, ils le font savoir. Pour nous, c’est une grande avancée, on verra et plus tard que ça va aboutir à un changement.

Quelle est votre conception de la démocratie en Afrique ?
Je crois que la démocratie en Afrique est la même que dans le monde entier. La démocratie a une définition universelle mais elle a juste un problème ; c’est qu’elle dépend beaucoup des Hommes. Les Hommes n’ont pas la grandeur, l’humilité nécessaire pour pouvoir mettre en place des mécanismes de démocratie. Les Hommes buttent encore sur leur bonne foi, leur soif de pouvoir, les besoins individuels… Ce sont les éléments qui empêchent la démocratie de pouvoir s’installer en Afrique. Ce sont les vieux dictateurs africains et ce n’est pas la démocratie en elle-même. C’est un processus dictatorial qui fait que tout le monde peut facilement kidnapper, transformer la démocratie en fonction de comment il veut. Les appétits impérialistes et l’un des blocages de la démocratie en Afrique, c’est juste que derrière, c’est encore des colons qui décident de qui dirige en Afrique. Qui décident du temps qu’ils doivent faire au pouvoir. Vu que c’est encore eux qui décident si Paul Biya doit faire 30 ans ou 20 ans. Bah ! C’est eux qui installent cette forme de démocratie-là.

Lors des échanges avec les étudiants de l’ISPP

Quel est selon vous le vrai problème qui gangrène le Cameroun aujourd’hui ? On parle de francophones, Anglophones, d’où provient cette vague de contestations ?
Il y a beaucoup trop de réponses. Il y a beaucoup trop d’approches différentes. C’est la conséquence fondamentale de notre mal gouvernance qui a fait qu’aujourd’hui, les gens sont devenus pauvres, frustrés, pas intégrés dans la société. Ils n’ont pas eu l’impression qu’ils faisaient partie prenante de la société. C’est ce qui se passe quand vos dirigeants ont des dirigeants, ce qui empêche le peuple de trouver leur place. Tout simplement parce que ce n’est pas leurs intérêts qui sont défendus mais, ce sont les intérêts des dirigeants des dirigeants.

“Aujourd’hui, beaucoup de camerounais sont très éveillés par ce qui se passe au Cameroun”

Actualité oblige ; Macron invite cinq chefs d’Etat à venir clarifier leur position par rapport à la présence de l’armée française en Afrique. Quelle est votre appréciation à ce sujet ?Ça va être toujours très dur pour Macron et les autres de respecter l’Afrique. Ils n’ont pas le logiciel du respect de l’africain. C’est une énorme humiliation sur la forme comme dans le fond. Sur la forme ; convoquer cinq Présidents du Sahel pour venir leur poser la question chez toi, dans ton pays…Donc la forme est déjà un problème. Mais le fond aussi. De quoi allez-vous discuter ? Je suis tout de même un peu surpris que Macron soit étonné du sentiment anti-français. Je ne sais s’il va leur dire d’apprendre à leur peuple d’aimer les français. Je ne sais pas ce qu’il va leur dire. L’émotion, les sentiments sont très liés à ce que les gens ressentent. Donc si aujourd’hui il y a un sentiment anti-français qui s’installe de plus en plus en Afrique, c’est parce que la politique française a fait plus de morts, de destruction et de problèmes en Afrique qu’aucune autre chose. C’est tout !

Hervé David HONLA/ François Bessy

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