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Tanya: “Comme si c’est normal de sortir avec un homme marié”

” Les gens m’ont vendu du rêve”

C’est en 2018, que TANYA fait sa première apparition dans l’arène musicale avec son single «Dôdo». Aujourd’hui cette jeune fille au look de star hollywoodienne est en train de titiller le gotha du showbiz burkinabè avec ses codes. D’où vient-elle ? Quelle est sa méthode ? Et surtout comment appréhende-t-elle la musique au Burkina Faso. Elle, qui aura reçu plusieurs propositions, qu’elle a balayé du revers de la main. A quelques heures de la sortie de son troisième single, OXYGENE MAG est allée à sa rencontre. Elle a volontairement et sans balbutier répondu à toutes nos préoccupations ce 21 novembre 2019.

J’ai eu beaucoup de propositions de productions

 

Nous sommes à trente-six jours de la fin d’année 2019, pour commencer, quel bilan personnel dresses-tu ?

Je remercie Dieu, tout c’est relativement bien passé. Il y a eu des hauts et des bas, mais on a su tout surmonter. C’est un bilan satisfaisant grâce au travail et j’en suis ravie.

En termes de prestations ? Est-ce que c’est à ça que tu fais allusion ?

Comme évènement majeur, j’avoue qu’il y a eu la prestation au KUNDE 2019 après il y a eu la tournée avec ORANGE et d’autres prestations non des moindres dont je ne m’en souviens pas. La sortie de mon troisième single «Ma bague d’abord ». Le premier est sorti en juin 2018 qui s’appelait «Dôdo», le deuxième « N’dolé» est sorti en 2019 et par la grâce de Dieu, je m’apprête à sortir ce jour (21 novembre 2019), mon troisième.

Tanya à gauche…Tanya à droite…Qui est cette jeune fille qui se cache derrière ce pseudonyme ?

Je m’appelle BIKIENGA Douti Tani dite TANYA. Je suis née à Sinkanssé et j’ai  grandi à la frontière Togo/Burkina/Ghana. Mes parents étaient des commerçants et plus tard, je suis allée faire mes études à Lomé au Togo. Après mes études supérieures en marketing, j’ai décidé de me lancer dans la carrière musicale. Je suis une modeste personne…(Rires)…C’est mon tout que vous voyez comme ça !

A quel moment ce déclic s’est produit pour opter pour la musique ?

Dans ma communauté à Sankassé, il y a 99% de musulmans, donc c’était un peu compliqué qu’une fille fasse de la musique. J’étais un garçon manqué : je jouais au basket, au football…Bref, j’étais la seule fille qui pratiquait toutes ces disciplines sportives, à telle enseigne que quand, je me suis lancée dans la musique, on ne m’a rien dit. Je chantais dans la chorale de l’Eglise, par conséquent, on ne me disait rien. J’étais à cette époque, une star de la société et on ne me jugeait pas non plus. Ce qui me flippait beaucoup quand je faisais la musique, les gens pensaient que c’est un métier qui appartient aux personnes qui ont raté leur vie. D’autres l’apparentait à un réseau de vagabondage etc. Pire encore, quand tu termines tes études avec brio notamment, une Maîtrise en Marketing et que tu choisis finalement de faire la musique. Au début, c’est ce constat dédaigneux qui m’intimidais, mais après, j’ai décidé d’assumer mon choix. Je vis pour moi, mais pas pour les autres. Si je travaille pour faire plaisir aux gens pourtant, ce n’est pas ma vocation, j’ai préféré être moi-même et suivre mon instinct. Au collègue, j’avais intégré un groupe de jeune où on faisait du breack dance, le Hip Hop, la Rnb, le Basket etc…On voulait ressembler aux américains. C’est comme ça que nous nous sommes cultivés musicalement. Quand il y avait par exemple un nouveau tube de Rihanna qui sortait, tout le monde voulait se l’approprier dans toute sa plénitude.  Moi j’imitais beaucoup Rihanna, Beyoncé, Shakira etc. J’écrivais déjà la musique quand j’étais au primaire ensuite au collègue. Mon entourage ne voulait pas que je fasse de la musique, pourtant, moi je me voyais déjà une star (rire) à cette époque. J’enregistrais les chansons quand j’étais au lycée par plaisir. Pas dans le but de devenir artiste et ainsi de suite, j’ai pris goût et me voici devant vous. En 2018, j’ai donc sorti mon premier single grâce à un arrangeur que j’avais rencontré au Togo. Il m’a beaucoup accompagné, pas parce que je chantais bien. Un jour en studio il a décidé de renvoyer toutes les filles pour me garder seule en studio et nous avons sorti ce tube. Il m’a coaché et guidé musicalement. Car au début, je faisais du Rnb et grâce à ses conseils, j’ai décidé d’opter pour un style actuel et urbain. Quand j’ai décidé de rentrer à Ouaga, il m’a accompagné et présentement, il est à Ouaga. Le deuxième titre «N’dolé» a été arrangé par Pissi…

…Et c’est en ce moment que Tanya a commencé à attirer la convoitise des maisons de production. On dit de toi, une jeune fille très difficile et parfois indécise. Que réponds-tu à cela ?

Quelqu’un ne m’a pas dit de venir faire la musique !  Je suis venue dans la musique, par ce que j’ai une vision, un projet et un plan de carrière. Je sais ce que je recherche dans ce métier. Je ne suis pas venue de façon vulgaire mais plutôt avec une tête bien pleine. La musique c’est mon entreprise et j’y travaille. Certes, j’ai ouvert un magasin à côté, mais je l’ai uniquement pour financer ma musique. C’est ce magasin qui m’a permis de me lancer au départ. Je n’ai pas attendu que quelqu’un vienne me faire des promesses ou me remettre de l’argent pour que j’aille en studio. Non…non ! Avant de prendre une décision, je réfléchis plusieurs fois et pendant longtemps. Au départ je travaillais avec mon manager LA MAIN DE DIEU après il y a eu quelque quiproquos et j’ai commencé à travailler toute seule. J’ai eu beaucoup de propositions de productions par ci par là. Ils me vendaient le rêve hein !!! Du genre : «On va t’acheter une caisse…on va de trouver une maison…on va te faire jouer partout etc.» Pourtant, à cette époque, je galérais car je n’avais personne et je venais de faire mon clip avec mes propres fonds. Donc c’était difficile financièrement. Mais je vois le niveau de vie de leurs artistes, ce n’est pas ceux-là que je recherche.  Je n’avais pas envie de travailler avec des gens qui vont me dicter, ce que je dois faire. Je suis l’artiste, je suis une créatrice, donc je sais ce que je veux ! Je ne voudrais pas que quelqu’un prenne sa vision de musique pour accompagner la mienne. Chacun possède sa façon de penser, donc il ne faudrait pas que l’on m’impose. Je suis quelqu’un que ma vie ne m’a pas toujours souris, donc, je préfère toujours restée prudente. Donc quand je vois de prime à bord quelque chose qui est rose, je ne suis pas pressée d’y aller…(Rires)

“Je ne voudrais pas que quelqu’un prenne sa vision de musique pour accompagner la mienne”.

Quel est le regard que tu portes à ce showbiz, à la suite de nombreuses propositions qu’on t’a faites ?

Comme c’est le showbiz…il y a tout : de l’hypocrisie, de l’arnaque, de flatterie, de l’intellect, du professionnalisme…bref il y a tout dedans ! J’admire plus la nouvelle génération que les anciens. Mais bon…c’est relatif…Même si tu fais semblant de m’aider, pour moi, c’est déjà bon. Mais quelqu’un qui est hypocrite, on ne peut plus le changer. C’est sa nature. Mais si dans son hypocrisie, il contribue à quelque chose, c’est déjà bon.

Comment fais-tu pour résister aux Hommes qui te promettent la gloire moyennant d’autres propositions indécentes ?

Ça dépend de la manière et de l’esprit avec lequel ce monsieur  m’aborde. S’il a l’intention de me draguer, tout dépendra de mon comportement. Moi j’évite souvent de prêter le flanc. Je préfère m’afficher une allure de professionnelle et non de femme naïve. Donc tout dépend de mon approche, j’évite d’aborder des sujets qui n’ont rien à voir avec la musique à un manager ou un producteur…

 … D’où le choix de ce troisième single «Ma bague d’abord». Est-ce une réplique, ou une situation vécue ?

Non, c’est plutôt un fait de société. Parce que de nos jours, les gens sont en train de dévaloriser les femmes. Comme si, c’était normal  de sortir avec un homme marié. La société serait même en train de cautionner ça. Aujourd’hui une fille peut aller vivre avec un homme sans se marier et faire des enfants, en espérant se marier un jour. Selon certains, la bague n’a plus d’importance. Car une fois qu’il me met la bague, après je vais l’enlever. A mon avis, si un mec t’aime et te respecte vraiment, il doit aller voir tes parents. Car là au moins, il y aura une garantie.

Tu crois donc encore au mariage ?          

Ben oui ! Absolument. C’est sacré. La femme est sacrée et le mariage aussi.

Donc Tanya va absolument se marier ?

(Rires)…Bien sûr…

Tu as déjà trouvé ton prince charmant?

(Rires)…Bah ! Je ne suis pas encore mariée, mais (rires)…OUI ! Mon cœur est déjà pris.

Quel est l’Homme parfait pour toi ?

C’est quelqu’un qui est d’abord intelligent, mature, responsable et ensuite cultivé.

Qu’est-ce que tu ne souhaites pas qu’on te fasse dans la vie ?

Je ne voudrais pas que l’on me manque du respect. De nature, je respecte tellement les gens et certains pensent que je veux plaire à tout le monde. Mais non !

Quelle est pour toi l’idée du bonheur ?

Le bonheur c’est quand tu fais ce que tu veux et tu te sens bien dans ce que tu fais.

Jusqu’à l’instant T où OXYGENE MAG te pose cette question, quelle a été la meilleure chose qui t’es arrivée dans la vie ?

 C’est ma nouvelle maison de production TAKOUM PRODUCTION avec qui je travaille. (Rires aux éclats). Par ce qu’après le décès de mon père, je me suis renfermée. C’était difficile pour moi, de m’ouvrir à la société. Quand cette maison de production est arrivée, elle a remplacé ma famille.

Comment vois-tu la vie artistique ? Etre casanière ou être populaire ?

Depuis mon enfance, on me voyait déjà bizarre avec des allures de stars. Mais je n’aime pas sortir, je suis réservée surtout quand je ne connais personne dans un lieu public. J’évite des comportements hypocrites, des m’as-tu-vu etc. Mon esprit n’arrive pas à vivre au-dessus de mes moyens. Je reste timide pour éviter de me faire remarquer.  Mais au fond de moi, je ne le suis pas. Quand je me retrouve dans un endroit  qui m’est hostile, je préfère rester timide.

Comment peut-on aujourd’hui définir ta tendance musicale ?

 Au départ je faisais du gospel, du Rn’B parce que je chantais à l’Eglise. Je travaille avec mon arrangeur Marx Strong depuis quatre ans à Lomé au Togo. Il m’a dit qu’il aime ma musique, car c’est un style commercialisable. Nous avons commencé avec de l’Afrobeat en m’apprenant à ne pas être trop concentré mais plutôt prendre du plaisir. J’avais quelques soucis à faire cet alliage Rap/Rn’B, finalement, on s’est dit qu’on va faire de l’Afro-Pop.

Dans le single «Ma bague d’abord », tu chantes en trois langues : Français, Anglais et Moore. C’est pour toucher quelle cible ?

 Je n’avais pas enregistré ce tube pour le faire sortir au départ. C’est l’instrumental que j’ai beaucoup aimé. J’ai donc envoyé les phrases en anglais à l’ingénieur, car je m’inspire toujours en anglais avant d’interpréter en français. C’est grâce aux conseils des uns et des autres que nous avons décidé de le faire sortir. J’étais dubitatif car le tube n’était qu’en anglais et en français. Pour faire original, j’ai ensuite ajouté un couplet en mooré.

“Nous allons toujours jouer là où il y a notre communauté mais jamais ailleurs”

Qui a réalisé ce clip que j’avoue, est impressionnant ?

Je veux toujours que tout soit bien fait et selon les règles de l’art. Que cela sorte de l’ordinaire car moi-même, je n’aime pas faire dans l’à-peu-près. C’est Yoos Spencer qui a réalisé ce clip. Il a réalisé les clips de plusieurs artites ; Koffi Olombidé, Meiway…C’est lui qui a réalisé le clip «N’dolé» du deuxième single.

Comment tu envisages plus tard ta carrière ?

A l’université avec des amis, on se faisait des projets. Quand je disais que je suis burkinabè et que je chante. On me négligeait car d’emblée la musique burkinabè n’a pas feeling. On cataloguait beaucoup trop la musique burkinabè. Ça m’a véritablement révolté car ses filles qui chantaient ave moi, ne sont pas plus bien que moi. Pourquoi  par ce que je suis burkinabè qu’on va m’écarter ? Je me suis posée la question, pourquoi chez nous, nous n’avons pas d’icônes reconnues à l’extérieur ? Nous allons toujours jouer là où il y a notre communauté mais jamais ailleurs. Je rêve un jour que l’on dise que nous avons aussi au Burkina, des icônes qui nous représentent valablement. J’aimerais en faire partie.

TANYA ne fait que des singles. A quand un album ?

Juste après ce single, je prépare un album ! Je ne voulais pas sortir un album pour la mode ou par contrainte. S’il plaît à Dieu, après «Ma bague d’abord » je sortirai cet album. Car il y aura toutes les couleurs.

Entretien réalisé par Hervé David HONLA

 

 

 

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