Tapis Rouge

Dr Patrice Kouraogo (Conseiller Spécial du Président du Faso. Chargé de la Culture et du Tourisme)

«Il faut mener des réflexions approfondies pour renforcer la SNC»

(Interview réalisé pendant la 19ème édition de la SNC)

 

Il fait partie de ceux qui sont culturellement parlant au côté du chef de l’Etat Roch Marc Christian Kaboré. Dr Patrice Kouarogo était au cœur de cette 19ème édition qui vient de s’achever. Oxygenemag.info a pu avoir un entretien exclusif à cet expert en matière de culture 48h avant la clôture de la SNC. Il nous donne son regard sur cette édition et les perspectives.

Quel est le regard que vous portez sur cette 19è édition de la Semaine Nationale de la Culture ?

Tout se déroule bien pour le moment, parce que le programme s’exécute comme prévu. Il n’y a pas une activité qui a été hypothéquée ou escamotée. C’est déjà une victoire dans l’organisation car dans une manifestation de ce genre et d’envergure internationale, on peut être confronté aux problèmes de tout genre. Comme nous avons accumulé des expériences, la mayonnaise a pris et tout se déroule de façon correcte. Ce que je peux aussi remarquer, il y a de l’engouement. C’est vrai qu’à l’ouverture les gens ont fait le déplacement, mais compte tenu des problèmes sécuritaires, la mobilisation n’était ce qu’on aurait souhaité. Mais on sent que la SNC est appropriée par la population bobolaise. C’est à l’honneur de tout le monde car une fête n’a de valeur que si elle est acceptée par tout le monde. Par exemple, j’avais accompagné le Ministre de la Culture des Arts et du Tourisme sur le site pour qu’il observe la participation des enfants à cet évènement. Nous avons vu des professionnels qui s’appliquent à transmettre des savoirs culturels aux enfants dans la danse, le théâtre et le conte. Nous avons surtout vu cet amour et cette passion des enfants à vouloir apprendre. Cela nous rassure davantage et nous disons que la culture burkinabè a de beaux jours devant elle. Il y a eu des conférences où les interventions ont été à la hauteur, notamment sur ce thème transversal qui porte sur les valeurs culturelles. Les échanges avec les chercheurs, les professionnels, les hommes de médias et les étudiants ont permis de s’appesantir sur les valeurs cardinales du Burkina Faso. Grâce à ses valeurs, on peut bâtir non seulement notre développement mais aussi faire rayonner notre pays. De façon générale, on sent le professionnalisme notamment au niveau des troupes en compétition au GPNAL. Les compétitions durent plus de 3h, mais on a l’impression que ça ne prend que 30 mn.

Face donc à cette mondialisation, quelle méthode la SNC pourrait adopter pour davantage promouvoir sa culture ?

S’il n’y avait pas la SNC, il fallait la créer. Avec la mondialisation, on a tendance à croire que, notre culture est menacée. Il peut y avoir des emprunts culturels qui dépassent ce que nous vivons comme culture. Mais les manifestations culturelles comme la SNC, permettent de replacer les choses dans leur contexte. Nous sommes néanmoins un pays ouvert, cela suppose que nous prenons ce qui vient d’ailleurs. Mais attention ! Prendre ce qui vient d’ailleurs, ne veut pas dire qu’il faut remettre en cause ses propres fondements culturels. Il faut savoir faire un bon dosage. Savoir ce qui est propre à moi, ce que je dois conserver, ce qui est adaptable face aux enjeux de la mondialisation. La SNC permet de dire aux gens, qu’on peut aimer la culture américaine, française ou autre mais il faudrait d’abord connaître sa propre identité et où dois-je la placer par rapport aux autres cultures. Par exemple, j’ai été émerveillé de voir à la SNC, des enfants s’appliquer sur la danse warba, bissa, gourmantché et autre. Ça veut dire qu’il ne faut pas seulement savoir danser le hip hop et ne pas danser les rythmes de chez soi.

En compagnie du Roi des Mossé

Vous êtes proche du Président du Faso, quel pourrait être son degré de participation à la SNC et de façon générale à la promotion de la culture et du tourisme de notre pays en particulier ?

J’ai toujours eu l’habitude de dire que nous avons la chance d’avoir un premier responsable qui aime beaucoup sa culture. Je ne vous apprends rien, vous voyez bien que depuis qu’il est là, il accorde beaucoup d’intérêt à la culture. En témoigne d’abord son habillement, comme on le dit, il est le premier ambassadeur du Faso Dan Fani. On dit parfois que l’exemple vient d’en haut. Ensuite, le Président du Faso est animé par cette ultime conviction que notre culture est avant tout notre identité. On ne peut donc rien faire si l’on l’écarte de nos projets. Nous devons cultiver cette culture de tolérance, de respect de l’autre, de patriotisme, de solidarité, d’humilité…j’aime souvent ajouter ceci : quand les autres secteurs d’activités peuvent nous diviser, ce qui va nous rassembler tous les jours et tout le temps, c’est notre culture. Par exemple ; la géographie peut diviser les burkinabè, la politique peut diviser les burkinabè, mais quand il s’agit de défendre notre identité culturelle, immanquablement, le Burkina Faso se retrouve uni. C’est parce que nous vivons dans cette diversité culturelle où chacun prône la cohésion sociale et la tolérance que le Burkina Faso ne connait pas des tensions sociales ou ethniques comme dans d’autres pays.

Quel avenir peut-on présager pour la SNC ?

Je trouve que pour l’avenir de la SNC, il y avait eu des mesures qui avaient été introduites par exemple au niveau des ambassadeurs des régions. Ça fait débats…je crois qu’après qu’il faudra davantage mener des réflexions approfondies pour renforcer la SNC. Par exemple au niveau des expositions qu’on peut mieux élargir et surtout amener beaucoup d’innovations. Il faudrait que notre SNC puisse être cette gigantesque plateforme de promotion de la culture burkinabè. Le Ministre par exemple s’était offusqué et il avait parfaitement raison de ne pas apprécier que dans les bars et autres discothèques pendant la SNC, que l’on joue de la musique étrangère. C’est bien vrai que ce sont des lieux de débits de boissons et des affaires, mais nous sommes en pleine Semaine Nationale de la Culture ! Donc il faut qu’on joue la musique burkinabè et je crois qu’à un certain moment, il faut faire des cahiers de charge afin que celui qui s’engage à participer ou à exposer à la SNC puisse jouer de la musique burkinabè. Il y a également d’autres améliorations qu’on peut faire pour renforcer la SNC afin de répondre aux attentes des autorités et des populations.

Propos recueillis par Hervé David HONLA

 

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