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20 ANS SAVANE FM

Un débat musical captivant

Le 11 octobre 2019 marquera le vingtième anniversaire de la «Radio des nouvelles idées». Depuis le 4 octobre 2019, date du lancement des festivités  sous le thème «Cohésion nationale et promotion de la production locale» des nombreuses activités sont menées çà et là. Pour ce qui a été du débat culturel, c’est la promotion de musique Burkinabè sur les ondes qui a submergé les auditeurs de Savane FM ce matin du 10 octobre 2019.

Denise Coulibaly, Journaliste à Savane FM (PCA 2012)

 L’organisme qui gère la répartition des gains générés par la diffusion de la musique à la radio est le BBDA (Bureau Burkinabè de Droit d’Auteur). Quant aux radios, elles paient une redevance annuelle. Celle-ci varie en fonction du chiffre d’affaires de la radio et sa catégorie (radio publique, nationale, radio privée, radio confessionnelle, radio locale). Après calcul effectué par le BBDA, un barème a été établi.

 

Mais quelques dysfonctionnements interviennent souvent sur plusieurs contextes (promotion dans les radios, quota de diffusion, collecte des œuvres, régulation et suivi, infrastructures, nouvelles technologies, rôle de l’Etat etc.) pour en parler, Denise Coulibaly a réuni quelques acteurs ce matin qui ont longuement abordé les sujets de façon passionnelle.

 

Almamy KJ du SYNAMUB (Syndicat National des Artiste Musicien du Burkina Faso), Océan Sawadogo de la CORA-BF, Lamine Ouédraogo du BBDA, Hervé Honla journaliste Oxygène Mag et d’Aziz Bampgo du CSC (Conseil Supérieur de la Communication), étaient les invités du plateau modéré par la « Madame» culture de Savane FM Denise Dofini-Leinnimi Coulibaly.

Le débat a aussitôt pris le ton sur la question des quotas de diffusion :

«… Ce qui est ressorti véritablement ; est qu’à la discussion de 2016, les participants ne se sont pas véritablement entendus. Rien ne s’est traduit en termes de loi ou en termes de décisions véritables à l’issue des assises. » Réagit le Vice-Président du CSC Aziz Bamogo sur l’interpellation de l’Artiste Océan Sawadogo (CORA-BF) à son endroit.

Ensuite, Denise a posé le problème de la qualité de la musique burkinabè, d’autant plus que certains journalistes ont été menacé dans l’exercice de leur travail : Selon Almamy KJ, «La question de la diffusion de la musique dans un pays, est une question de politique d’Etat. L’Histoire de la Côte d’Ivoire du Mali, nous la connaissons. La musique ivoirienne avait été influencé par les congolais et les camerounais ! Manu Dibango a été pendant 20 ans, Chef d’orchestre de la RTI ! Dans ces pays-là, ce sont ces musiques-là qui avaient été diffusées. L’Etat ivoirien s’y est mis et a décidé d’accompagner leur propre musique. Ailleurs c’est l’Etat qui subventionne. En même temps qu’on dit que c’est une profession libérale, que l’Etat arrête donc de subventionner les Petites et Moyennes Entreprises (PME). Ce qui est de la promotion de la musique d’un pays, ce volet est laissé entièrement à l’Etat. C’est pour ça que je dis que les propos du Ministre à l’époque à l’endroit des artistes, c’était une fuite en avant de ses responsabilités.  Pour ce qui est de la qualité, on possède plus de 4600 artistes musiciens membres du BBDA, on ne dit pas forcément de jouer les médiocres. Mais ceux-là qui sont bons, qu’est ce qui  est fait ?»

 

Hervé Honla de nuancer : «Je pense que nous sommes dans un environnement d’industrialisation de la musique. Nous ne sommes pas dans un domaine social où l’on doit faire plaisir à tout le monde.  Et par conséquent, à mon humble avis,  les propos du Ministre étaient orientés vers une politique de marché où quand on estime que son produit n’est pas rentable et commercialisable, on change d’activités ou de produit».

Océan Sawadogo a dressé une analyse laconique et pertinente sur le concept « Journée spéciale musique Burkinabè».

«Si vous décidez de jouer toutes les musiques d’ailleurs pendant six jours et que vous choisissez uniquement un jour pour jouer la musique burkinabè, il y a un problème. Parce que vos clients ne sont pas habitués à entendre ce genre de musique tous les jours. Ils ne vont pas venir! Donc, ce n’est pas une bonne méthode de faire la promotion de la musique burkinabè. Il est à mon avis inconcevable que les décisions qui avaient été prises lors des dernières assises concernant l’adoption du quota de 90% de diffusion de la musique burkinabè sur nos ondes, ne soit pas encore appliqué par le CSC».

La promotion de la musique burkinabè dans les radios. Thème du débat

Pour le représentant du ministère de la Culture des Arts et du Tourisme et du BBDA, Lamine Ouédraogo : «le BBDA qui est une structure rattachée au ministère, a aussi une grande mission à jouer. Nous le BBDA, sommes un organisme de gestion collective. Nous sommes régis par les textes et des conventions internationales que nous devons respectées… » Mais concernant les radios, la journaliste et modératrice Denise Coulibaly s’est longuement attardée  sur le représentant du BBDA, en évoquant la fastidieuse difficulté des radios à collecter les œuvres diffusées dans ces médias issues des zones enclavées qui ne possèdent pas de logiciels.

 

“…il demande un logiciel unique de comptabilisation centralisé au niveau du BBDA….”

 

«…Nous sommes en train de travailler en collaboration avec les radios dans ce sens. Mais je pense que ce sont les radios qui doivent se doter de ces logiciels» répond Lamine Ouédraogo.

Pour le SYNAMUB, représenté par Almamy KJ ; il demande un logiciel unique de comptabilisation centralisé au niveau du BBDA. «De nos jours les gens sont payés au BBDA de façon aléatoire parfois à la tête du client ou de l’artiste influent »

 

“…pour que nos artistes produisent des œuvres de qualité extraordinaire, il faut que le public consomme. Pour que les gens consomment, il faut que les médias jouent…”

 

La question des quotas étant complexe, Denise s’est adressée au Vice-Président du CSC pour savoir, s’il était de nos jours possible d’imposer aux médias privés, un quota? D’autant plus qu’il y a des chaines sur satellites qui diffusent des musiques via internet et autres. «Je pense que c’est possible, il faut même aller vers çà. Si vous voyez par exemple la Côte d’Ivoire dont leur musique est diffusée aujourd’hui en Afrique, c’est parce qu’à un moment donné, les acteurs ce sont levés en disant qu’il faut qu’on y arrive à imposer d’une manière ou d’une autre notre musique. Je comprends le combat de la CORA-BF, il est d’ailleurs légitime. Mais je pense que c’est la méthode qui n’est pas la bonne. Il faut toujours collaborer, échanger, soumettre et surtout faire des propositions de façon collégiale avec les autres structures ; médias, le politique, le ministère, le BBDA, le CSC…. En plus pour que nos artistes produisent des œuvres de qualité extraordinaire, il faut que le public consomme. Pour que les gens consomment, il faut que les médias jouent. Pour que les médias jouent aussi, il faut que l’œuvre soit de qualité. En somme, c’est un cercle vicieux qui demande qu’on travaille en synergie. Il faut trouver la porte d’entrée par lequel on va tourner le cercle afin qu’il devienne vertueux»

 

Au-delà de la qualité des œuvres de nos artistes, « il faut qu’il ait une synergie d’actions des différents intervenants dans la promotion de la musique burkinabè» Renchérit Aziz Bamogo.

Les invités sont également revenus sur la disponibilité du matériel de travail des artistes. «Comment dans notre pays, le matériel de musique est encore taxé à la douane comme les appareils de luxe de grande consommation ? Nous les artistes, nous ne pouvons pas nous les approprier. Pourtant dans les autres pays, le matériel de musique est exonéré » déplore Océan Sawadogo. Ce qu’a d’ailleurs salué le Vice-Président du CSC, en exhortant les artistes à porter ce genre de débat sur la place publique. Tout comme les salles de spectacles qui n’hésitent plus ou encore qui ne répondent aux conditions techniques et acoustiques pour réaliser un spectacle de musique digne de ce nom.

 

“…l’artiste lui-même devrait actionner son marketing personnel…”

 

En termes de conclusion, les invités ont individuellement proposé des bribes de solutions qui sont sensiblement les mêmes. Notamment en ce qui concerne les artistes ; ils doivent systématiquement saisir leur carrière à bras le corps. Bâtir un véritable plan de carrière artistique et côtoyer les diffuseurs régulièrement, tout en scrutant les autres canaux de promotion sur internet.  Quant à la question des quotas, il serait souhaitable que le CSC revienne sur les conclusions qui ont été prises lors des assises de 2016 afin de trouver un véritable consensus. Une approche collégiale des différents acteurs de cette filière doit être perceptible. La volonté du politique dans la promotion des œuvres locales doit être effective. La revalorisation des salles de spectacles et la dotation des différents arrondissements d’un orchestre complet. Avec le développement d’internet et du numérique, les auditeurs se passent des médias classiques. L’accent devrait être mis sur la qualité et la promotion des œuvres. Enfin l’artiste lui-même devrait actionner son marketing personnel. Notamment, Savoir se vendre.

LECHAT !

 

 

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