interview avec

Mweze Ngangura (réalisateur congolais) Etalon d’or 1999

«Le FESPACO doit créer un comité d’autoévaluation»

 

Né le 7 octobre 1950 à Bukavu au Zaïre, Mweze Ngangura est un réalisateur congolais qui a débarqué à l’âge de vingt ans en Belgique. Il a réalisé pendant ses études à l’Institut des arts de diffusion (IAD) deux courts métrages, «Tamtam-électronique» et «Rhythm and blood».

Pendant une dizaine d’années il tourne des films documentaires pour la télé zaïroise. En 1985, de retour en Europe, il travaille au scénario de «La vie est belle», un long métrage qu’il réalise avec Benoît Lamy et qui aura un grand succès en Afrique.  En 1994, il signe un documentaire fabuleux : «Lettre à Makura». En 1998 enfin, il met en scène «Pièces d’identités», un long métrage de fiction tourné à Bruxelles, principalement dans le quartier de Matongue et au Cameroun. Il obtiendra la même année le Prix du public lors du 8e Festival de cinéma africain de Milan et en 1999, l’Etalon d’Or de Yennenga au FESPACO.

Mweze Ngangura possède à son actif, une quinzaine de films (fiction, court et long métrage et documentaires). Présent au FESPACO pour la sixième fois consécutive, ce réalisateur chevronné, nous dresse un bilan de son séjour à ce festival. Il n’a pas hésité de porter un regard critique au FESPACO, , tout en apportant des suggestions. Entretien exclusif réalisé par oxygenemag.info.

 

 

Nous sommes presqu’à la fin des festivités du jubilé du FESPACO. Quelle appréciation faites-vous de l’organisation ?

 

J’ai toujours été très heureux de venir ici au FESPACO, par ce que c’est comme un rituel pour moi. C’est un rituel qui me permet de faire le point sur l’état de la situation du cinéma africain et aussi les projets qui sont en cours. Il y a une chose que j’ai toujours apprécié au FESPACO, C’est que : peu à peu, j’ai vu cet endroit devenir, un lieu de rencontre des cinéastes pour bien se connaître et aussi célébrer ensemble, le 7è art africain. S’il y a une évolution positive qui est constante dans le FESPACO, C’est que de plus en plus, c’est devenu aussi, un endroit où l’on peut parler de ses projets et où l’on peut trouver des acheteurs. En somme, un marché. J’apprécie le fait que le MICA est en train de se développer positivement. Le FESPACO n’est pas seulement un lieu où il faut faire la fête, mais aussi c’est pour faire évoluer l’aspect professionnel.  Quand on a un projet, en cherchant bien, on peut rencontrer de nombreux partenaires. C’est un lieu pour jauger de la faisabilité de son projet et comprendre, quel genre de partenaire peut s’y intéresser. Pour les projets terminés, c’est la même chose, notamment au niveau de la promotion. Au FESPACO, on peut rencontrer des chaînes de télévision intéressées par la diffusion de nos produits audiovisuels. On peut aussi rencontrer des professionnels de la distribution etc. Il y a eu tout de même des avancées positives.

 

Il y a un point sur lequel, je n’avais jamais fait attention, c’est surtout au niveau de la gestion du festival. Ce FESPACO qui célèbre un demi-siècle d’existence, je pense que c’est un festival qui n’a pas été très brillant au niveau de l’organisation. Beaucoup de gens n’ont pas pu venir parce qu’au niveau des titres de voyage, notamment des billets d’avion, cela a posé d’énormes problèmes. Je peux citer les personnes que je connais. Par exemple ; Mahmoud Ben Mahmoud qui est un cinéaste tunisien vivant à Bruxelles comme moi et qui a un long métrage de fiction en compétition.  J’ai appris qu’il n’a pas pu venir parce qu’il y a eu des problèmes très sérieux au niveau de son billet d’avion. C’est une des illustrations du dysfonctionnement du FESPACO au niveau de l’organisation. Je pense aussi à quelqu’un comme le cinéaste du Congo-Brazzaville David Pierre Fila qui a un documentaire de long métrage en session Panorama. Je l’ai encore eu au téléphone récemment. Apparemment il n’a pas pu être présent, pour un problème de billet d’avion.  Parce qu’il devrait montrer son documentaire qui s’appelle «Mweze» qui est un film consacré à ma carrière en tant que cinéaste.

 

En ce qui me concerne personnellement, je me rappelle que j’ai eu quelques déboires avec mon billet d’avion. Parce que la première fois que j’ai reçu un billet  d’avion, c’était un billet qui m’était parvenu deux heures avant le décollage de l’avion. Je me suis précipité à l’aéroport de Bruxelles et bien sûr, j’ai raté l’avion. En fin de compte, je me suis retrouvé à Ouagadougou, le lundi 25 février, soit deux jours après l’ouverture du festival. Au niveau de l’hébergement, je n’ai pas pu savoir avec précision dans quel hôtel, je serai hébergé. Pare que ma réservation avait été annulée. Et je me suis retrouvé très loin du centre-ville de Ouagadougou. Mon hôtel est très bien, donc, je n’ai pas eu problème au niveau de l’hôtel lui-même. Mais je constate aussi que j’ai un gros désavantage par rapport aux autres. Vu ma situation de santé précaire, je nécessite un moyen de transport qui me permet de rejoindre, soit le siège du FESPACO, soit les salles de cinéma ou encore les différents endroits ou se passent les manifestations. Au départ le bureau du FESPACO, m’avait assuré qu’il y aurait une navette entre l’hôtel et le centre-ville de Ouaga. Mais cette navette, je ne l’ai jamais concrètement vue. Donc je ne peux bénéficier de ce moyen de transport qui aurait été mise à notre disposition. Contrairement au passé, en général, les principaux hôtels qui hébergent les participants, devraient toujours avoir un représentant du FESPACO qui peut renseigner les participants et qui peut aussi, le cas échéant, nous mettre en contact avec le bureau du FESPACO. Il n’y a rien de tout ça. Il y a nulle part où on peut se renseigner pour avoir des informations relatives au festival.

Parmi les problèmes que j’ai eus, je dois souligner que, plusieurs semaines avant mon arrivée, j’avais été en contact par email, avec le bureau du festival. Je leur avais posé un impératif majeur pour ma présence à ce festival. La question de mes soins médicaux. Je suis une personne qui vient d’une assez grave maladie et j’ai demandé qu’on me trouve une assistance médicale. D’un infirmier, qu’il puisse m’aider pour mes médicaments et bien d’autres soins que j’avais cité très clairement et dans l’ordre de priorité dans un courrier adressé au bureau du festival.  Non seulement, je n’ai pas reçu une réponse écrite à ce niveau-là. La seule réponse que j’ai eue du FESPACO, est que ma doléance sera transmise à la commission Santé du Festival. Mais, je n’ai jamais su ce que signifiait le silence du bureau de voyage et hébergement du festival. Je constate tout simplement que, maintenant que je suis ici, vers la fin du Festival, cette assistance médicale n’a jamais été réalisée.  Hier j’ai été me plaindre au Bureau du Festival. Ce sont plutôt des amis qui sont obligés de me suppléer à cette carence en consacrant leur temps à ma prise en charge médicale. Je trouve que ce n’est pas tout à fait normal que le FESPACO qui devait s’occuper de moi, n’a pas pu, pendre en charge cette assistance médicale dont je parle pour garantir ma santé. Mon dernier FESPACO date de 2009 et je constate que la plus part de mes confrères cinéastes étaient au courant de ce problème grave que j’avais subit au niveau de ma santé. A l’occasion de mon retour ici à Ouagadougou, je pensais qu’on allait se soucier de ma petite personne, en tant que nécessiteux. Mais je n’ai pas eu l’occasion d’être assisté à ce niveau-là.

En dehors de ce problème concernant uniquement mon cas, il y a eu une lacune assez grave. Parce que ma raison d’être ici professionnellement parlant ; c’est pouvoir assister à des films dans lesquels, j’ai joué un quelconque rôle au niveau de la production ou de la conception. Je sais qu’il y a un film documentaire qui s’appelle d’ailleurs «Mweze» réalisé par David Pierre Fila qui parle de ma carrière, mais je n’ai pas pu le voir. Pendant tout ce temps que j’étais ici, je n’ai jamais disposé, jusqu’à hier (NDLR : L’interview a été réalisé le 1er mars à 16h), d’un programme du festival, ni d’un catalogue. Bref, pas le moindre document. Maintenant je l’ai, une réparation, s’est faite. C’est bien dommage parce que le fait de se trouver dans un festival, sans programme, signifie qu’on ne peut pas planifier ses journées. Tout comme les manifestations importantes comme la réception à la Présidence du Faso ; je ne suis pas allé, car je ne savais, ni le jour, ni l’heure. Je ne l’ai su qu’après, car j’étais en contact avec un jeune frère burkinabè à qui j’ai téléphoné un soir et qui me dit «Je suis à la réception à la Présidence». Ce genre de manifestation, j’ai toujours participé depuis que je viens ici au FESPACO. C’est-à-dire depuis exactement 1983. Donc je n’ai pas été convié. Ce sont des problèmes de communication qui n’ont pas été prises en compte par le FESPACO. Je pense aussi à mon acteur principal Gérard Essomba qui, lui non plus, n’avais jamais reçu quoi que soit comme information. Mais il a néanmoins participé à l’ouverture du festival. Il a été plutôt invité par l’Etat camerounais, notamment le Ministère de la Culture de son pays.

 

Pendant ce FESPACO, est-ce qu’il y a eu un traitement particulier de la part de l’ensemble des lauréats de l’Etalon D’Or de Yennenga ?

 

Je crois que le traitement particulier, c’est d’avoir été convié à la fête. Mais être convié à la fête, sans recevoir les moyens adéquats, notamment, au niveau de la communication, du transport, ce n’est pas vraiment un accueil digne de l’hospitalité africaine que nous aimons beaucoup en tant que l’une des caractéristiques des cultures africaines. Je ne pense pas qu’il y ait eu, un traitement particulier pour les Etalons d’Or. Sauf si, c’est le cas et que je n’ai pas été informé.

 

 Parlons de l’avenir du cinéma africain. Comment le voyez-vous dans les prochaines décennies ?

 

Au niveau du cinéma congolais, je constate qu’il y a tout un engouement artistique très important dans la ville de Kinshasa. Les choses vont bien, parce que très souvent, ces jeunes-là n’ont pas un encadrement de l’Etat, ni du continent. Mais ce sont des jeunes qui se débrouillent seuls pour faire exister le 7è art en Afrique. C’est un grand espoir au niveau de l’avenir du cinéma africain. Pour plusieurs cinéastes africains, leur existence en tant que cinéaste, a été surtout réalisé grâce à leur effort personnel. Donc beaucoup se lancent et cherchent à se former. La professionnalisation du métier devrait être leur véritable challenge. Grâce à leur talent et à leur propre dynamisme, l’avenir sera prospère. Un lieu  comme le FESPACO, l’on devrait susciter un encadrement adéquat, trouver les moyens d’encadrer ces jeunes qui ne doivent pas être cantonné dans la débrouille. Mais trouver des créneaux qui permet de les aider au niveau de la formation, de la production et de la promotion de leurs propres œuvres.

Une autre suggestion positive que je pense qu’il faudrait réaliser : Pendant le FESPACO, il faudrait que le festival lui-même, puisse créer un comité d’autoévaluation. Qu’il se renseigne auprès des participants sur ce qui va bien ou ce qui ne va pas bien sur les modifications positives qu’on peut apporter au mode de fonctionnement du FESPACO. Il faudrait réunir la majorité des suggestions positives et pouvoir les traiter soigneusement et correctement.

LECHAT !

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