Edito

Cité des artistes de la SNC: L’Etat recherche 15 milliards

Le paysage politique et culturel a pourtant bel et bien changé depuis 1983, et cela commence à remettre en cause les missions régaliennes de la SNC face au contexte actuel.

La Semaine Nationale de la Culture (SNC) est né il y a 35 ans, à la suite de la première édition du Grand prix national des arts et des lettres (GPNAL). Institué par l’arrêté n°329/ENAC/DGAC du 29 juillet 1983 portant organisation d’un Grand Prix National des Arts et Lettres (GPNAL), puis ensuite, un autre décret a été adopté un an plus tard, celui du n°84/250/CNR/PRES du 27 Juin 1984 portant organisation de la Semaine Nationale de la Culture qui se déroule jusqu’à nos jours, tous les deux ans, dans notre capitale culturelle Bobo-Dioulasso.

Les objectifs primordiaux de cette biennale sont entre autres : Faire découvrir et valoriser le patrimoine national, en stimulant la création artistique et littéraire. Ensuite créer un cadre d’échanges entre artistes et hommes de culture Burkinabè d’une part, entre eux et les artistes et hommes de culture d’autres pays d’autre part. Enfin, assurer la promotion du patrimoine culturel et des créateurs Burkinabè.

Depuis donc 1983 jusqu’à nos jours, certaines réformes ont été faites tant dans la forme que dans le fond, concernant son organisation. Notamment, au niveau de sa périodicité, le choix de la ville, les catégories et les disciplines en compétition, voire même le volet festival. Certaines disciplines ont été retirées à l’instar du théâtre. D’autres disciplines ont été éjectées de la compétition comme la danse d’expressions traditionnelles etc. Mais fondamentalement, des insuffisances persistent et l’avènement des nouvelles technologies associé à l’épineux problème de la prise en charge des artistes et l’apport des acteurs privés se pose avec acuité.

Le paysage politique et culturel a pourtant bel et bien changé depuis 1983, et cela commence à remettre en cause les missions régaliennes de la SNC face au contexte actuel. D’autant plus que la toute dernière édition (la 19è) qui avait eu lieu du 24 au 31mars 2018 à Bobo-Dioulasso sous le thème « Sauvegarde des valeurs culturelles : enjeux et défis », avait suscité de vives critiques et controverses.

Pourtant en juillet 2017, il y a eu à Banfora, un atelier de réflexion sur les orientations et le contenu de la 19è édition de la SNC. Un certain nombre de propositions avaient été énoncées notamment concernant la réduction du nombre de disciplines en compétition à la phase finale, l’attribution d’une plus grande responsabilisation aux régions pour l’organisation des Semaines Régionales Culture (SRC) et l’encouragement des régions qui se distinguent dans l’organisation etc. Malheureusement, à la suite de l’édition précédente, de rudes critiques ont encore jailli. La question du transport et de l’hébergement des artistes. Le manque d’engouement dans les phases finales avec l’exclusion de la danse d’expressions traditionnelles dans la compétition finale du GPNAL, la pléthore des plateaux, la lourdeur administrative, une cérémonie d’ouverture aux allures expéditives, la foire de la SNC transformée en marché aux puces, la question de réintroduction du théâtre, la question des Arts plastiques, le cachet des artistes, le marché des Arts…


Le Ministre de la Culture des Arts et du Tourisme, Abdoul Karim Sango a donc instruit son département d’organiser de véritables Etats généraux de la Semaine Nationale de la Culture. Ils se sont tenus les 4 et 5 octobre dernier à Bobo-Dioulasso. Où prenait part, une soixantaine de participants: techniciens de la culture, cadres et DG de la SNC, des professionnels des différentes institutions, des responsables des structures faitières, des professionnels du privé, les journalistes culturels…

Ils se sont retrouvés donc à la Maison de la Culture Mgr Anselme Titianma Sanon pour décortiquer cet évènementiel surtout sans langue de bois. De la déclaration de Matourkou qui avait eu lieu du 22 au 28 avril 1985 à l’atelier de réflexion sur les orientations et le contenu de la 19è édition de la SNC en juillet 2017, passant par le rapport général de la SNC du 05 au 10 avril 1993, la rencontre d’information avec les communicateurs sur la nouvelle orientation de la SNC qui a eu lieu du 13 au 14 aout 1997 et le séminaire de redimensionnement de la SNC qui a eu lieu du 15 au 17 septembre 2004, tout a été passé au peigne fin.

Répartis en plusieurs commissions et sous-commissions, les participants se sont appesantis sur ces différents points, parfois dans des joutes oratoires où chacun voulait afficher son leadership et son statut dans tel ou tel domaine. Les DG et anciens DG de la SNC montaient parfois au créneau pour rappeler aux uns et autres les efforts qui ont été faits et surtout les difficultés palpables qu’ils font face au quotidien. Notamment lors des SRC où un conflit d’autorité subsiste dans certaines régions entre les élus locaux et le Gouverneur. La question de la disposition des finances et de la lourdeur administrative semble être l’une difficultés majeures. Les fonds ne sont pas souvent disponibles à temps et l’esprit de décentralisation n’est véritablement pas encore effectif. Certaines activités de la SNC peuvent être confiées aux structures. Ont suggéré certains participants ainsi que le MCAT. Mobiliser plusieurs départements ministériels pour des activités qui n’incombent pas directement les agents du Ministère, serait caduque et rendrait l’organisation de la SNC opaque. C’est la raison pour laquelle, le Ministre Sango a insisté que la majorité des interventions et des idées viennent des participants du secteur privé. «Je connais déjà la position des agents du ministère à ce sujet. Je voudrais surtout que les autres interviennent » l’a-t-il souvent martelé. Appuyé par son homologue de la Communication et Porte-parole du Gouvernement, Remis Fulgance Dandjinou, les débats étaient assez vivent et des propositions fusaient de toutes parts.

C’est ainsi que, cette pléthore d’activités qui gravitent autour de la SNC doit être réduite pour rendre digeste cette biennale. Au regard de la complexité de la discipline des Arts dramatiques, et bien qu’un véritable plaidoyer avait été fait lors de ses assises avec de moult interrogations, le Ministre a préféré sursoir de façon studieuse avec les différents acteurs, cette discipline avant d’envisager sa réintégration.

Los de la clôture de la précédente édition de la SNC, le Président Roch Marc Christian Kaboré avait réitéré sa volonté de faire de la cité des artistes une véritable réalité. Beaucoup de promesses depuis la période de Blaise Compaoré, mais aucune construction n’a été entamé. Pourtant le site a été bien identifié. Ce débat est revenu pendant les plénières et le Ministre a été interpelé, afin qu’il clarifie concrètement la situation. Le Président avait affirmé que les artistes pourront avoir leur cité en 2020 lors de la 20è édition de la SNC prévue du 21 au 28 mars. Mais soyons réalistes, il n’y a pas d’argent ! Le gouvernement est à la recherche des financements qui s’élèvent à hauteur de 15 milliards. Mais les travaux débuteront incessamment, nous a confié le Ministre. En attendant, les artistes verront leur accueil et hébergement connaître un standing particulier lors de la prochaine édition.

Un autre dilemme a été soulevé lors de ses assises. Il s’agit notamment des rôles malheureusement distincts, pourtant complémentaires que jouent la SNC et la Maison de la Culture. Il n’y a pas de raison qu’elles n’arrivent pas à fusionner leur activités, d’autant plus que cette Maison avait été créé «pour» la SNC. Ainsi donc le Ministre a tranché à la suite des débats sournois, indécis et lugubres qui se tramaient dans les différentes commissions. La SNC et la Maison de la Culture vont fusionner pour apporter aux deux institutions, ce dynamisme dans l’accomplissement de leurs missions tant recherché.

Une autre inquiétude a été également soulevée, notamment la question du «gombo» des artistes aussi bien, d’inspiration moderne que traditionnelle. Pas une SNC ne se déroule sans que les artistes ne haussent le ton. Ils se plaignent des cachets dérisoires, des suspicions et de la médisance dont ils sont souvent victimes. Même les conditions dans lesquelles, ils prestent sont lamentables, surtout ceux qui doivent se prononcer en live. Manque d’informations, les fiches techniques ne sont pas bien élaborées, l’aspect communication numérique n’est pas souvent pris en compte, ce qui accroit beaucoup de quiproquos et de la désinformation. Des mesures idoines ont été prises pour alléger les plateaux dans le volet Festival et surtout revoir à la hausse de façon considérable le cachet des artistes.

Certes, la promotion des lauréats au GPNAL reste une préoccupation pour la SNC et le Ministère, mais d’autres passerelles peuvent être également étudiées. Il s’agit notamment de la Diaspora qui aurait le vent en poupe ces dernières années. Des conventions peuvent être paraphées entre les promoteurs des évènements culturels de la diaspora et la SNC. Tout comme avec les festivals et évènements culturels panafricains qu’on y trouve dans la sous-région.

Après 48h de débats, d’échanges et parfois même de chicanes, un document alléchant a vu le jour et des recommandations particulières sont sortis de la mêlée. Il s’agit entre autres :

– Du renforcement de la création artistique de la SNC
– De la dynamisation de la SNC entre deux éditions
– L’adoption d’un slogan de la SNC
– La prise d’une résolution par l’administration de conférer à la culture, sa place dans le processus du développement social et économique du pays
– De la prise d’une résolution d’assurer la promotion et consommation des produits culturels artistiques et culturels dans tous les aspects publics à travers les médias, le système éducatif
– De l’amélioration du cachet substantiel des artistes
– L’amélioration des conditions d’hébergement des artistes lors des éditions
– L’établissement des passerelles entre la SNC et le système éducatif national
– D’une fusion de la SNC avec la Maison de la Culture pour donner aux deux institutions leur dynamisme pour leurs permettre de jouer pleinement leurs rôles
– La réintégration des danses d’expressions traditionnelles dans les compétitions
– D’une plus grande professionnalisation de l’organisation de la biennale.

Vivement que ces décisions qui ont été prises à Sya, contraignants du même coup les participants à travailler sous pression parfois tard dans la nuit, ne croupissent dans les tiroirs à la merci des araignées et des souris.

LECHAT !

 

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