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FESPACO 26è édition 50 ans après, où en sommes-nous ?

Après la semaine festive, le comité fait son bilan, on baisse les rideaux, on ferme les portes et basta ! Ce n’est que les films qui ont la chance de recevoir l’Etalon d’Or ou d’Argent qui bénéficient des meilleurs circuits de distribution. Que deviennent les autres 130 films qui sont projetés lors du festival ?

 

Une contribution  financière très flatteuse du Gouvernement par l’entremise du Chef de l’Etat. Un Ministère de la Culture des Arts et du Tourisme remobilisé à travers son Premier responsable Karim Abdoul Sango. Ce dernier promet de ne ménager aucun effort pour relever le défi de ce cinquantenaire. Et enfin, le Délégué Général du FESPACO, Ardiouma Soma qui garde toujours une forme de sérénité et d’assurance fabuleuse.

Le décor est donc planté pour cette 26è édition du FESPACO qui aura lieu du 23 février au 02 mars 2019, coïncidant avec la célébration du cinquantenaire des cinémas d’Afrique noire.

Personnellement, je me réjouis que cette première sortie médiatique du FESPACO ait fait le buzz à Ouagadougou, mais malheureusement, nous avons l’art de nous appesantir sur des détails hétéroclites et superstitieux, au lieu de nous questionner sur le fondement d’une telle manifestation 50 ans après. Ça devrait plutôt être une occasion pour nous, de commencer à énoncer des bribes de suggestions et surtout de sonner l’alarme sur certains dysfonctionnements tant au niveau de l’organisation qu’au niveau de l’avenir même des métiers du cinéma en Afrique noire.

L’un des atouts majeurs du FESPACO, c’est son impact et sa dimension panafricaine qu’il arbore fièrement depuis 1969. Le fait déjà qu’il a pu se maintenir à Ouagadougou sans interruption, sachons qu’il a favorisé l’essor du tourisme culturel au Burkina Faso. Il jouit aujourd’hui d’une notoriété reconnue car il attire un flux important des professionnels du cinéma tous les deux ans. Il est, non seulement un festival reconnu mais c’est également un festival qui a réussi son implantation dans le tissu local depuis cinquante ans. Son succès panafricain résulte donc, de sa complexité alchimique.

Certes, le FESPACO doit aussi sa notoriété grâce à l’accent que le comité d’organisation met sur la qualité particulière de sa programmation, mais le contenu doit être approfondi et suivi.
Malheureusement, je refuse de croire que l’évolution de cette biennale semble arriver aujourd’hui à un point limite. Puisqu’on ne l’organise qu’à des fins d’images, de fêtes, sans privilégier d’abord l’aspect industrie cinématographique.

Attention ; les festivals similaires de cinéma se sont multipliés dans les années 90-2000 en Afrique, sans réelle cohérence. Le FESPACO reste le pionnier et le guide. De grâce, qu’il ne soit pas à la merci des autres, mais plutôt le contraire. Beaucoup de festivals créés ces dernières années, ont pensé davantage à se servir du cinéma qu’à le servir. Ils se sont montés sans souci du respect des autres, sans réelle connaissance, ni du milieu ni du métier.

Le FESPACO quant à lui, doit être avant tout, un cadre de rencontres mis à profit pour promouvoir le développement de la cinématographie noire. Le Burkina Faso, de par le fait qu’il abrite cette célèbre biennale, doit contribuer à créer un véritable marché du cinéma africain. Cela permettra à une meilleure circulation des films produits par les africains. Parce que, c’est là le vrai problème !

Ce que nous constatons depuis des lustres au FESPACO ; Après la semaine festive, le comité fait son bilan, on baisse les rideaux, on ferme les portes et basta ! Ce n’est que les films qui ont la chance de recevoir l’Etalon d’Or ou d’Argent qui bénéficient des meilleurs circuits de distribution. Que deviennent les autres 130 films qui sont projetés lors du festival ?

On me dira certainement que ce n’est pas le rôle du FESPACO. Mais je pense que nous ne devons pas copier les autres festivals européens. Eux ils possèdent une grande industrie cinématographique qui fait voyager leurs films. Leurs productions et circuits de distribution de leurs films sont bien structurés en amont comme en aval avec le soutien des chaînes de télévision. Nous devrions plutôt profiter de la notoriété du FESPACO pour fonder ce véritable marché, en attendant que les autres prennent le relais. On me parlera aussi du rôle de la FEPACI…

Je me souviens que lors de la précédente édition du FESPACO 2017, la fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI) avait lancé un projet de restauration et de préservation de 50 films dans le but de sauvegarder le patrimoine culturel africain. Où en est-on ? J’espère que lors cette édition, nous en saurons davantage. Mais ce qui m’a rendu perplexe, c’est la déclaration du responsable de ce projet, également secrétaire régional de la FEPACI. Monsieur Aboubakar Sanogo, puisqu’il s’agit de lui, avait dit ceci en 2017 : «Les actions de la fédération étaient centrées sur la production, la distribution et la circulation des films. Le temps est venu pour les africains de songer à la protection de leur patrimoine culturel»

C’est-à-dire ; On passe du coq à l’âne sans même s’assurer si on a pu bien accomplir les missions précédentes. La production et la distribution des films sont les problèmes épineux de notre cinéma. Maintenant, la FEPACI laisse ca… pour aller demander encore de l’argent pour qu’on nous aide à protéger notre propre culture. Où allons-nous ?
Nos films ne circulent même pas encore, c’est l’argent pour protéger nos films qu’on demande. Au lieu de réfléchir quotidiennement sur ce problème fondamental de la distribution, on préfère inventer d’autres problèmes.

A quoi absolument, nous servent les colloques que les cinéastes organisent à chaque biennale du FESPACO ? Je me rappelle du FESPACO 2011 où le thème retenu lors de cette 22è édition était : «Cinéma africain et marchés». L’objectif était de réfléchir sur l’accessibilité des films africains sur le marché cinématographique, aussi bien, sur le continent ou à l’international. Sept ans après, où en sommes-nous ? Toujours au point 0 !
Rappelons que ; c’est à partir de 1973, que les thèmes de discussions ont été introduits lors de chaque édition. Le constat que j’ai fait est le suivant : Non seulement, il n’y a presque pas de suivi ni d’évaluation des thèmes abordés quelques années plus tard, mais ces thèmes reviennent encore lors des prochaines éditions :
En 1985 lors de la 9ème édition, le thème était : «Cinéma et libération des peuples». Huit ans plus tard, à la 13è édition en 1993, le thème était : «Cinéma et libertés». En 1981 lors de la 7è édition le thème était : «La production et la distribution». Dix-huit ans plus tard, à la 16è édition en 1999, le thème était «Cinéma et circuits de distribution en Afrique». En 2007, lors de la 20è édition sur le thème «Cinéma africain et diversité culturelle», ce thème avait déjà été débattu 20 ans plus tôt, lors de la 10è édition en 1987 et portait sur un thème similaire «Cinéma et identité culturelle». Même en 2009, à la 21è édition, le thème : «Cinéma africain, Tourisme et Patrimoines Culturels», n’était pas loin de ceux de 1987 et de 2007.
J’espère de tout cœur qu’on ne tourne pas en rond comme une toupie et surtout, qu’on n’organise pas ce FESPACO «juste pour l’organiser». Que chaque secteur d’activité (politiques, professionnels du cinéma, acteurs, techniciens…) joue consciencieusement sa partition.
Jabbar !

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