Edito

Chebeen: Ce n’est pas ceux qui font le vacarme qui sont bons

 Chebeen demeure aux yeux de certains, l’artiste qu’on néglige, le mal compris, le raseur des murs dans cet environnement musical où ce sont les tonneaux vides qui font beaucoup de bruits.

   Lors des 12 PCA le promoteur avait fait venir deux artistes (Kandy Guira et Karim Jahkasa). Après leurs brillantes prestations, la salle se posait la question, y compris les promoteurs d’évènements « Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? » Pourtant ce ne sont pas des O.V.N.I.  Ce sont nos artistes burkinabè qui ne demandent qu’à présenter leurs œuvres chez eux.

Certains appelleront ça son second album, on dira plus tôt que c’est l’opus du discernement. En 2016, il avait fait son apparition avec un maxi de 4 titres qu’il avait également baptisé «Douhaou ». En revenant avec le même titre éponyme cette année mais avec plus de titres (9), c’est une preuve de maturité.

Chebeen est une véritable mosaïque artistique. Sa polyvalence tant au niveau des rythmes, de la langue et du genre font sa particularité. Aimé Bakouan de son vrai nom, possède ce scapulaire en lui, qui le diffère des autres artistes. Parfois, je suis tenté de l’apostropher comme un Victor Demé en miniature ou un Bil Aka Kora version actualisée.

 

Quand on écoute l’entièreté de ses chansons et l’aisance et surtout la singularité avec laquelle, il les exécute, l’on trouve la réponse sur son  parcours artistique. C’est un artiste qui fait bourlinguer son art à travers différentes contrées. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le mali, le Burkina Faso, les USA. En dégustant ses mélodies, on flaire ce brassage rythmique sou tendu par une seule colonne vertébrale ; celle du rythme de sa localité le Djongo, amplifié par des instruments comme le «doum-doum », le Bendré, la castagnette ou encore le djembé.

Vous pouvez également retrouver d’Afro-Jazz ou plus exactement de l’Afro-blues dans le tube «Diy» qui est le reflet d’une identité musicale qui aura subit des transplantations donnant une coloration djongo. Une grande plage est donnée aux instruments qui respirent aisément dans ce tube agréable et audible.  En revenant par exemple sur le tube «Douhaou», Chebeen a voulu nous transporter à l’entame de cette mélodie, vers un style indou pour basculer vers un reggae teinté de percussions où Lassina Dembele ne lésine pas l’amateurisme avec la complicité de son compère Jean Eudes Zoungrana au synthé. « Douhaou » reste à mon avis, un tube d’anthologie qui pourrait être un module que certaines écoles de musique devraient présenter aux jeunes apprenants. Justesse, harmonie, fluidité de la voix, juxtaposition des instruments à cordes et à vent. Les envolés du soliste Josué Banazaro apportent beaucoup de richesses dans l’englobé de cette chanson.

Chebeen demeure aux yeux de certains, l’artiste qu’on néglige, le mal compris, le raseur des murs dans cet environnement musical où ce sont les tonneaux vides qui font beaucoup de bruits.

 

Plongez-vous dans les titres comme «Pôg-Néré» où rien que la batterie rythmée vous donne les frissons à vous couper le souffle. Complètement enregistré en live, je suis convaincu que le playback ne figure pas dans le vocabulaire de Chebeen.

Avec la complicité de son guitariste Josué BANAZARO,  Chebeen chante de façon méthodique «Bi-mogo» en langue Dioula pour montrer l’étendue de son savoir-faire. En écumant l’ensemble des 9 titres que compose cet opus, on ne peut ne pas s’attarder sur les tubes comme «Aventure » ou encore «Africa», «Férétany»  ou encore «yô songo» qui, avec plus d’audimat pourrait être des œuvres intemporelles qui se dégusteront de génération en génération.

 

Navré qu’on veuille toujours, se morfondre sur du factuel ou sur ce qui est évanescent, pourtant nous sommes adossés sur un pilier rigide parsemé de vestiges musicales. Il suffit tout simplement de creuser : Le trésor est enfoui dedans !

Jabbar !

 

 

 

 

 

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