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Carole B. Simfeyadjowa (cinéaste togolaise) : «Le gouvernement togolais n’accorde aucune importance à notre cinéma»

Tout en considérant le FESPACO comme « notre Golden Globes » en Afrique, Carole voit en ce festival, une dimension chic et glamour avec strasses et paillettes. Une aubaine pour les cinéastes africains de faire valoir leur talent, non seulement à la face du continent mais aussi et surtout, à celle du globe terrestre.

Présente au Faso pour des rencontres avec les acteurs du monde du 7ème art burkinabè, Carole Banorafi Simfeyejowa avant de quitter la capitale togolaise, a tenu mordicus à me rencontrer pour avoir beaucoup entendu parler de moi. Cette jeune et célèbre actrice togolaise est animée d’un esprit «insurrectionnel» pour le cinéma de son pays en particulier et africain en général.

Pour ce faire, elle est en train d’effectuer un périple ouest-africain qui l’amènera à travers le Burkina Faso, la Côte-d’Ivoire, le Mali, la Guinée…pour nouer une sorte de chaines de valeurs qui vont s’articuler sur la formation, les échanges et aboutir à une nouvelle prise de conscience du cinéma africain vu et conçu par des jeunes.

Entre l’animation TV et le cinéma, Carole a finalement emprunté le chemin des plateaux de tournage. Ceci dès la classe de terminale pour ensuite poursuivre dans les écoles supérieures de sociologie. «Je me plais toujours à raconter des histoires car j’estime que j’ai beaucoup de choses à raconter, notamment mon histoire et mon parcours » avoue la jeune togolaise.

Présente en tant qu’actrice principale dans une dizaine de longs métrages togolais depuis 2010 avec son premier film «Le dernier survivant» de Charles Ethi à «Mon désir» d’Irène Akimodé en passant par «le Jardin d’Akoi » où elle avait reçu le prix de «la meilleure interprétation féminine » au festival du Film Emergence en 2016, Carole Banorafi poursuit allègrement son parcours long et passionnant avec d’autres professionnels africains du cinéma tels que Nastou de la Côte d’Ivoire, Gustave Sorgho du Burkina Faso et bien d’autres.

Le cinéma au Togo serait en train de renaître de ces cendres. Une sorte de résurrection selon la comédienne. Car selon elle «le cinéma au Togo était mort ! Un acteur de cinéma était considéré comme un chômeur. Aujourd’hui, les jeunes cinéastes togolais sont à pied d’œuvre pour redonner une image réelle à ce métier. Tout n’est pas parfait mais les choses vont dans le bon sens ».

Cette passion qui anime la jeunesse togolaise pour le cinéma émane de la volonté manifeste de pouvoir appartenir dans ce continent qui parle et surtout qui raconte ses propres histoires. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication aidant, ils ont décidé, non seulement de se former malgré que l’Etat ne s’y soit jamais intéressé. Bref, ils prennent en main leur propre destin. «Le gouvernement togolais n’a pris aucun n’engagement pour développer le cinéma togolais. D’ailleurs, il n’accorde aucune importance au cinéma ! C’est nous les jeunes qui nous battons pour ça. Quand nous engrangerons des prix à l’extérieur, il viendra frapper à notre porte » renchérit-elle.

Tout en considérant le FESPACO comme « notre Golden Globes » en Afrique, Carole voit en ce festival, une dimension chic et glamour avec strasses et paillettes. Une aubaine pour les cinéastes africains de faire valoir leur talent, non seulement à la face du continent mais aussi et surtout, à celle du globe terrestre.

Résolument lancée vers une synergie d’action autour du 7ème Art, la native de Lomé entend, à travers ses rencontres et surtout des échanges avec les acteurs de l’Afrique de l’Ouest, s’investir pieds et mains liés dans la réalisation. Aux côtés du jeune prodige réalisateur burkinabè Inoussa Kaboré, Carole voudrait s’immiscer dans les métiers du cinéma, cette fois-ci derrière la caméra en captant tous les rouages et les rudiments qui incombent ce métier. A l’issue de cela, elle mettra en place une structure cosmopolite du cinéma qui réalisera et produira de nombreux films dont les thématiques seront propres au quotidien Togolais, reflétant plus ou moins ses histoires personnelles et celle du continent.

Véritable défenseuse des âmes sensibles et personnes marginalisées, Carole possède dans sa besace, une pléthore de scénarii attrait aux violences faites aux femmes, aux filles de ménage, à l’exploitation abusive des cas sociaux…Selon elle, l’heure n’est pas à la plaisanterie ou à la rigolade dans les films africains. «Il faudrait décrire sans faux fuyants, les maux qui minent notre société » braille-t-elle. «J’ai moi-même été victime de sévices corporelles (Ndlr : Elle montre une cicatrice sur son bras gauche) par certains bourreaux dans ma carrière. J’ai des histoires hallucinantes à raconter, notamment sur ce que les femmes vivent dans les tréfonds même de leur corps » insiste-elle.

L’industrie du cinéma notamment en Afrique francophone se conjugue au singulier. On se contente de faire des films avec des petits budgets, sans aucune esthétique. La communication et la diffusion laissent à désirer. Carole voudrait annihiler cette forme de léthargie et de somnolence du cinéma francophone. «Vous voyez comment ça se passe au Nigéria avec Nollywood…ils vendent du rêve aux cinéphiles. Ils créent des artifices autour de leurs œuvres cinématographiques. Les tapis rouge par-ci, les showcases et les plateaux TV par-là, Leurs films crèvent les écrans de par le monde grâce la communication tout azimut qu’il déploie. Ils font du bling-bling partout et leurs comédiens sont valorisés à juste titre. Même si parfois leurs films ne sont pas aussi extraordinaires que ça, ils vendent du rêve aux gens. C’est ça qui nous manque chez nous » explique-telle.

«Le FESPACO pouvait nous procurer ce rêve. J’espère être à Ouagadougou en 2019 pour célébrer en grande pompe, le cinquantenaire du cinéma africain » Conclut-elle.
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