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Kayiri Sylvie Toé dite Féenose : Peut-on enfin parler de maturité ?

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L’artiste musicienne la plus allemande des burkinabè a présenté le 16 octobre dernier, du côté de l’atelier théâtre burkinabè (ATB) son troisième opus. C’est un maxi composé de cinq titres conçus dans des conditions optimales d’enregistrement.

L’artiste musicienne la plus allemande des burkinabè a présenté le 16 octobre dernier, du côté de l’atelier théâtre burkinabè (ATB) son troisième opus. C’est un maxi composé de cinq titres conçus dans des conditions optimales d’enregistrement.

Depuis plus d’une décennie, Féenose a élu domicile en Allemagne. Elle a bâti à la fois son univers musical et familial dans la ville de Mannheim où elle s’est considérablement démarquée grâce à sa persévérance. Aujourd’hui, la musique serait enfin entrain de lui sourire grâce à ses nombreuses collaborations afro allemandes fructueuses. Son tout dernier maxi «C’est la vie» en témoigne. Sur les cinq titres que composent cet opus, quatre sont à la fois chantés en français et en allemand.

C’est précisément au côté du rappeur Smockey que Féenose a commencé à se frayer un chemin dans la musique. Attirée par le hip hop, elle a participé à la réalisation de l’album «Epitaphe» de Smockey dans le tube «moutons». C’est en 2007 qu’elle décide de voler par ses propres ailes en sortant son premier album «Da Woo wô». A cette époque, le rap faisait fureur au Faso et Féenose faisait figure de starlette «amazonienne» dans cette jungle du hip hop. Elle était d’ailleurs la seule fille à rivaliser de vers avec les rappeurs tels que Smarty, Ravayack (aujourd’hui Mister Yopi) ou encore Busta Geanga. Mais Féenose a vite fait d’orienter son rap vers une musique plus consciencieuse et plus thématique.

Dans toutes ses chansons, elle sensibilise sur des thèmes comme l’excision, l’orphelinat et surtout l’albinisme. Concernant ce dernier thème, elle en a fait son chemin de bataille. «J’ai décidé de parler des albinos dans tous mes albums !» affirme-t-elle. Son deuxième album avait été entièrement dédié à ses personnes marginalisées d’où le titre éponyme «Albinos». Cet album aura retenu l’assentiment de plus d’un. Car rendons-nous compte, «Albinos» a été entièrement financé par les internautes ! Elle fait parti des premières artistes dans le monde qui avait bénéficié à cette époque (en 2010), du financement total internautes. C’est la raison pour laquelle cet opus a fait presque le tour de la planète.

Féenose a été invité sur toutes les radios européennes à forte audience. J’en dénombre une quarantaine. Des pays un peu méconnu pour certains comme la Bosnie-Herzégovine, notamment la radio Federaclje la 89.3FM (Sarajevo) fait régulièrement retentir la voix de notre fille du pays Kayiri Toé dite Féenose. De la radio Slovenija en Slovénie à la radio Power de Trinidad et Tobago en passant par la Radio Savane FM, Horizon FM, OuagaFM, RTB2, Radio Jeunesse au Burkina Faso ou encore à la Radio Choq de Toronto, la Cameroonvoice à Montréal, la Uninorte FM Stéréo de Colombie, Féenose inonde et crève l’audimat.

Véritable polyglotte, elle a su capitaliser et propager son talent et sa musique à travers les pays où elle est allée. Ajouté à son omniprésence dans les médias nationaux et internationaux, il était donc évident que les spectacles s’enchainent. Bien que son pays ne l’a pas encore offert une vraie scène (Jazz à Ouaga, Kundé, Fespaco, SNC, SIAO), elle se fait désirer en brillant dans les festivals en Europe comme le Festival Max-Joseph Strassenfest à Mannheim Neckarstadt en Allemagne, l’espace Albert-Raphael Ramatuelle en France ou encore au Rorhôfer Sommerfest à Brùhl-Rohrof (Allemagne). Le deuxième album «Albinos» a été perçu comme un véritable déclic dans sa carrière internationale. Elle a touché le cœur des structures de défense des droits de l’Homme à travers ce thème mais aussi, elle a propagé artistiquement son message sur la lutte contre la discrimination et crime faits aux personnes atteintes d’albinisme.

Sur le plan artistique, Kayiri Toé a visiblement fait des progrès, notamment côté vocal. Elle avait longtemps mené une bataille ardue pour trouver sa ligne vocale. Aujourd’hui, on peut affirmer qu’elle a trouvé son timbre vocal qui correspond à la gamme de ses instrus. Ses multiples collaborations avec des orchestres et artistes huppés lui ont donné une gage de maturité dans la musique. Ce n’est plus la jeune Féenose d’antan à la recherche effrénée d’un style musical que j’ai rencontré le vendredi dernier. C’est plutôt une artiste aguerrie et épanouie qui sait dorénavant quel chemin emprunter. Comme elle le dit dans son dernier son tube «Rien que l’amour» : «On emprunte des chemins parfois épineux, ce qui ne nous tue pas, nous rends bien plus fort. Se servir du passé pour construire l’avenir… ».

C’est la raison pour laquelle, ce troisième opus confirme davantage son genre musical. Elle s’est littéralement orientée vers une musique de fusion teintée d’envolée acoustiques que l’on retrouve dans le tube, transfuge du titre éponyme «C’est la vie». Elle a associé de façon ingénieuse, le célèbre musicien percussionniste Mamadou Dramé muni de sa kora. C’est une version mandingue de «c’est la vie » qui ne laisse personne indifférent. Les chansons issues de cet opus sont à la fois langoureuses et douces. Elles mettent surtout en exergue l’orchestre et tous ces corolaires. Quand on écoute la version originale de «C’est la vie» on se croirait dans un auditorium où une pléthore d’instrumentistes jouent gaillardement leur partition.

C’est en écoutant le tube «Trop habituées» qu’on décèle le degré de maturité artistique dont l’artiste a fait preuve. C’est un jeu remarquable de percussion qui vous accueille dès la première note, puis les instruments groove s’invitent progressivement pour ensuite faire la place à la voix de l’auteure saupoudrée par des chœurs qui interviennent de façon séquentielle. Le plus hallucinant, c’est l’aisance avec la quelle, Féenose chante à la fois en français et en allemand sans aucune interlude. Elle enchaîne sans difficultés les deux langues dans une même note musicale. Le tube «Trop habituées» pourrait s’avérer pour la plus part des mélomanes et des fans de l’artiste, celui qui a été le plus aboutit. Une sorte de coup de cœur.

Consciente des efforts qui lui reste à fournir quant à la promotion de ses œuvres sur sa terre natale, l’auteure de «c’est la vie » entend faire bon usage des conseils que lui ont prodigués certains acteurs avisés de la communication. Tout compte fait, c’est la vie !

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