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« M’pengda Wendé » : Oser rompre avec le show bizness local

floby

Depuis son apparition médiatique en 2006 au Burkina Faso, Florent Belemgnegre dit Floby n’a jamais cessé d’abreuver musicalement l’ensemble de ses compatriotes. Insatiables que nous sommes, nous lui avons mis à l’épreuve en doutant parfois de son talent et de ses compétences.

Photo: Shutterstock

Depuis son apparition médiatique en 2006 au Burkina Faso, Florent Belemgnegre dit Floby n’a jamais cessé d’abreuver musicalement l’ensemble de ses compatriotes. Insatiables que nous sommes, nous lui avons mis à l’épreuve en doutant parfois de son talent et de ses compétences. En préméditant même son éclipse pour ensuite revenir allègrement sur nos spéculations fallacieuses neuf ans plus tard, nous avons finalement affirmé qu’il est le messie que nous attendons tous dans ce nouveau testament musical burkinabè. Survoler l’audimat et les box offices du Faso sans partage pendant neuf ans dans une sphère musicale inondées par des discographiques galopantes ajoutées à la concurrence continentale et mondiale, relève du surréaliste.

Le recordman des artistes les plus distingués au Kundé n’est pourtant pas au bout du rouleau. Apparemment il possède encore des gibecières pleine d’inspirations dans son petit crane de moaga. J’ai assisté, en chair et en os en qualité de témoin oculaire à la dédicace de son 4è album baptisé «M’Pengda Wendé» hier au Reemdoogo. Tout porte à croire effectivement que «wendé» avait déjà longtemps gravé dans son calepin que Jabbar allait certes rater la clôture du Fespaco, rater le 8 mars, rater les FAMA, rater les Kundé, rater Jazz à Ouaga, rater le FIHRO, rater les 25 ans de Génération 2000, rater les Marley d’Or, rater les festivités des 20 ans de Seydoni Burkina, rater les 10 années d’Alif Naaba, rater la célébration de la fête de la musique et surtout les innombrables dédicaces…mais surtout pas la sortie officielle de l’album 4 de FLOBY y compris le festival Ciné droit libre !

Pour ne pas déroger à la règle, je voudrais bien, si vous me le permettez très chers confidents de fbk, tendre une oreille attentive sur cet œuvre de 14 titres produite par la jeune structure Urban Music 226. Mais avant ; attardons-nous sur certains offs de cette cérémonie de dédicace qui frisent parfois le ridicule.

– Le matériel et les préparatifs pré dédicace

J’étais convaincu qu’une telle cérémonie très attendue par les fans et les mélomanes, le staff de l’artiste ne badinera pas avec la ponctualité, la balance et la technique. Pourtant…erreur !! Le non-respect de la ponctualité pour une fois ne leur est pas imputé car j’ai aperçu tout le staff et l’artiste dans la cuvette du Reemdoogo, 30 mn avant le lancement. C’est le public par contre, qui s’est fait attendre. Pourtant journalistes, staff et techniciens étaient cordialement bien installés mais le public a carrément traîné les pas. Exceptionnellement, je peux comprendre la longue attente de l’équipe de Floby car une telle dédicace, surtout d’un maestro comme lui, son public, notamment ses fans jouent une grande partition dans sa carrière. Mais quand allons-nous forger le culte de la ponctualité ? Au lieu que justement l’équipe de l’artiste profite de cette longue attente pour ajuster quelques réglages techniques, ils ont plutôt pêché par une assurance et une confiance en soi démesurée. Pendant que j’attendais docilement sur mon siège en béton dans la cuvette du Reemdoogo, ce sont les navettes inutiles des membres du comité d’organisation qui perturbaient ma vision. Je me disais que le vidéoprojecteur ou encore la balance proprement dite était au top. Il n’en était rien pourtant ! Dès que l’impresario du jour et manager de l’artiste Papus Zongo a lancé la première articulation de la soirée, qui consistait à visionner le petit documentaire sur l’hôte du jour, c’est l’imbroglio total. Les mélomanes de passage y compris le célèbre producteur Télesphore Bationo sont venus en renfort apporter spontanément leur connaissance dans le but de stabiliser le vidéoprojecteur. Vivement un matériel audiovisuel hautement performant pour le Reemdoogo ! C’est en mode mi-figue mi-raisin que la balance a été réglée car lors de la prestation en live de l’artiste, l’on pouvait remarquer de façon flagrante les dénivellations des instruments. Certains jouaient plus haut que d’autres.

– Que peut-on retenir de «M’pengda Wendé»

Sans balbutier, je dirais tout d’abord… le terroir ! Un tradimoderne puisé en grande partie des rythmes venus des tréfonds de la tradition mais qui n’est pas à confondre avec la musique traditionnelle. Avec cet album, il pourrait rafler toutes les cérémonies organisées au Faso où la catégorie musique moderne d’inspiration traditionnelle est mentionnée. Comme je l’avais déjà évoqué dans une de mes publications précédentes : il est judicieux de faire des fusions musicales tout en mettant en exergue les rythmes puisés typiquement de chez soi. Sa connaissance d’une musique transversale orientée vers les tendances actuelles (coupé-décalé, Nija…) peuvent lui permettre de mieux bâtir les fondations de son identité musicale. C’est d’ailleurs comme ça que ces nouveaux genres musicaux sont nés. Ils ne sont que des transfuges des rythmes déjà existants. Le Burkina peut également faire autant, mais complexé que nous sommes, c’est ce qui vient d’ailleurs qui est bon. Dommage ! Voilà un album purement conçu par l’artiste en complicité avec ses arrangeurs qui jette un large regard vers notre folklore. Je doute fort qu’il ne puisse pas décoller. Si cela adviendrait, je jetterai l’anathème au peuple burkinabè et j’affirmerai sans jambage que nous avons honte de nos valeurs.

A mon avis, il y a certains tubes dans cet opus que je n’aimerais pas voir l’artiste les exécuter en playback. «LAMOUSSA», c’est un pan de l’encyclopédie musicale traditionnelle qu’il présente à travers les instruments du terroir tels que la calebasse, le Kundé associés à la bass qui fait son effet hautement rythmique. «WATA BEOGO», c’est la guitare sèche qui vous adoucie les tympans dès la première note musicale, suivie de sa voix larmoyante qui vous accompagne jusqu’à la dernière strophe. Chanter en plus en langue vernaculaire profonde, il vous transmet de vives émotions. Pourquoi voulez-vous que le Kundé d’Or vous entonne une telle mélodie en playback ?!! Jamais ! «TOI et MOI » ; Juste la percussion associée au claquement d’une bouteille saupoudrée d’une guitare d’accompagnement et le chef-d’œuvre est prêt pour la consommation. Ça me rappelle un rythme très prisée au centre du Cameroun : «l’Assiko», une musique traditionnelle issue du village du célèbre footballeur Samuel Eto’O dansé par les natifs de l’ethnie Bassa. «C’EST» peu importe la langue avec laquelle, il compose ses textes, quand c’est en acoustique, ça devient un véritable chef-d’œuvre. C’est une symphonie de chœurs qui vous accueillent au loin dès l’entame de cette noble chanson. Voici un petit bout de cette chanson : «C’est un mot dépourvu de sens…C’est un rire qui n’a pas sa raison d’être…hum ! C’est une errance à la manière des fous…c’est une graine… » Il conclut ce premier couplet par des modulations vocales dont lui seul connaît le secret. En écoutant ce tube «c’est » vous resteriez pantois rien qu’à l’idée de découvrir que l’artiste fait intervenir à chaque phrase des airs de saxophone avec en filigrane juste deux instruments, le djembé et la guitare sèche.

– Un choix embarrassant

Difficile en toute franchise de prioriser les tubes révélateurs de «M’pengda Wendé» ! J’admire la panoplie des mélodies qu’il m’a proposées ce soir du 30 juin 2015. Je n’hésiterai pas par exemple à écouter à longueur de journée, le tube «BOUANGA» qui me met hors de mes états quand je me retrouve seul sur mon canapé. Je me demande où est-ce que le Bassiste Sylvain Dando Paré est allé trouver une aisance rythmique en faisant vibrer sa bass de façon cadencée presque tout au long de la chanson ? Chapeau à Yves de Bemboula pour ce son ! Un semblant de Makossa très rythmé qui certainement fera encore remuer les hanches de Floby sur scène. Très belle mélodie qui fera tabac partout où le besoin se fera sentir. Quand un rossignol (Dicko Fils) et un parolier(Debatoro) décident de conjuguer leur talent pour additionner à celui déjà existant de Belemgnegre, le résultat ne peut qu’être époustouflant ! Et ça donne «NISSAL WOODO». Un tradimoderne qui ne peut être en aucun cas contesté. En tout cas ce n’est pas le musicologue attitré Oger Kaboré qui me dira le contraire ! C’est comme si quand Florent intitule une de ses chansons «WEEDO», le succès est retentissant. Même un octogénaire se trémousserait en écoutant cette chanson. C’est un tube intergénérationnel qui peut se danser sur toutes les postures : assise, couchée, en voiture, à pied, à genoux, au bureau, à l’école, en conférence de presse, au sport, aux toilettes…Rien qu’en secouant vos épaules, vous êtes dans le rythme grâce à la guitare d’accompagnement grincée à la congolaise. Le clavier et la bass de Sylvain Dando viennent surtout groover dans les envolées lyriques de l’auteur. Quant à «KINKIGLI», pas étonnant que certains commencent à apprécier ce tube car c’est le parfait exemple de cette fusion artistique que j’ai évoqué plus haut. Pas étonnant également de le comparer à certains de ses succès précédents. Que dire alors de «L’ETAPE DE DEMAIN» qui fait intervenir la quasi-totalité des instruments modernes ? A Chaque instrument une place de choix lui a été réservée. De la voix à la bass de Sylvain en passant par les vents et la guitare de Maxime Nikièma tout est synchroniquement bien agencé. Pas besoin de maîtriser la langue mooré quand Floby chante. Juste l’harmonie musicale vous mettra sur les rails. En dehors d’un, ou de deux featuring qui ont connu des échecs, l’auteur de «Wilgi mam» a toujours fait le buzz dans toutes ses collaborations, que ce soit dans ses opus ou ceux de ses collègues. Donc ce n’est pas utopique d’affirmer que «LOKIDO» en feat avec le talentueux congolais Ali Spydi crèvera une fois de plus l’audimat. Déjà les fans et les mélomanes le jour de la dédicace, avaient déjà donné le ton. Chapeau l’artiste du fond du cœur !

– Parlons des prochains challenges

Saluons au passage l’élégance vestimentaire dont a fait preuve l’artiste d’abord, sur la jaquette, ensuite sur scène hier. Il ne fait pas souvent l’unanimité à ce niveau. J’ai logiquement apprécié la nette différence qu’il a faite entre la tenue de ses danseuses et lui. Parfois, il est arrivé que je me sois souvent demandé si Floby et ses danseurs possèdent la même garde-robe. Cette fois-ci j’ai été ravi de le voir habillé en tailleur muni d’une chemise «Afritude » avec…s’il vous plait des souliers resplendissants. Par contre j’aurai préféré que son orchestre puisse arborer des tenues identiques ainsi que ses danseurs. Pour un artiste de sa trame qui fait son baptême de feu, la prestance scénique doit être rigoureusement prise en compte. Bon bref, que peut-on dire sur les prochaines et vraies échéances qui attendent notre messie ?

Je commencerai d’abord par ses prestations à l’extérieur (Afrique, Europe, Amérique). En 9 ans, Weedo, comme il l’a déjà dit : «Je n’ai plus rien à prouver au Faso ». Mais pour conquérir l’extérieur, il faut présenter un produit innovant puisé de chez soi avec quelques fusions surtout en…Live ! Quant à la volonté politique, n’y comptons même pas ! Ils n’ont pas encore fini de régler les problèmes de CNT, de transition, d’insurrection, de RSP pour oser s’occuper de la culture encore moins des artistes ? Pourtant, quel que soit le pays où vous irez au monde, si vous croisez un artiste évoluant dans la world music, dites-lui que vous venez du Faso, s’il y a été, il vous parlera de Floby. Mais ce n’est pas suffisant ! Il n’est juste que l’emblème ou la référence musicale au Faso, mais dépourvu du contenu. Car il ne connait pas le circuit. Le circuit des grosses firmes de productions ou de spectacles qui fonctionnent avec des exigences. Les exigences que sont : le live, les fusions, les résidences, les échanges et les voyages. Il serait même opportun qu’il séjourne pendant plusieurs mois en Europe ou ailleurs pour s’imprégner des réalités du secteur. Ça le permettra de bosser dur et se frayer un chemin conventionnel.

Le circuit des salles de ciné, des Floby tour Faso, des Maisons du Peuple, Théâtre de l’Amitié etc… ne relève plus de son ressort. Il s’appauvrira davantage à la longue. Il ne devrait plus se contenter d’évoluer devant 2000 ou 3000 personnes, pendant que ses collègues voisins haranguent 10 000 à 30 000 âmes à chaque concert. Pour atteindre cet objectif, suis désolé de le dire, il doit se séparer de son staff. Ils n’ont pas de moyens. Leur point d’achoppement a atteint ses limites. C’est le moment de «vendre » ou de proposer leur artiste à d’autres shows biznessman africains voir mondial. Ils ont atteint les limites de leurs moyens. Les scènes de Floby, c’est aujourd’hui, Le palais de la culture en géant (RCI), Douala Bercy (Cameroun), Dakar, Libreville Olympia en Toulouse, Paris, Belgique, Danemark, New York, Washington, Montréal, Québec… Fondamentalement ce n’est pas la faute de son staff. Le show biz burkinabè n’a pas encore atteint cette dimension panafricaine ou mondiale. Car à partir du moment on ferme les frontières aux artistes étrangers prétendant qu’ils viennent rafler les sous ici, c’est regrettable. Pourtant, leur présence régulière pourrait booster notre filière. Empêcher ou saboter les spectacles des promoteurs étrangers au Faso renforcera l’exclusion et isolera davantage notre pays dans le cercle des nations du showbiz. Raison pour laquelle le marché Burkinabè en matière de spectacle n’intéresse pas les célébrités mondiales. Il est pauvre et il évolue de mal en pis.

Le fric et le standing du showbiz sont aujourd’hui très élevés. Le train de vie que mène par exemple le groupe togolais To Fan aujourd’hui est exponentiel. Magic System, X Maleya, P Square, Davido, n’en parlons pas! C’est parce qu’ils possèdent des structures très puissantes qui engrangent du pognon, des mécènes puissants, des caïds du négoce. Ce n’est pas les dividendes des concerts dérisoires de Floby qui vont toujours financer ses opus ou ses navettes en Europe. Ou ce n’est ses cachets des concerts présentés dans des salles de ciné qu’on incendie au moindre mécontentement qui financeront toujours ses clips sur Trace Urban ou ailleurs. Ce n’est pas aussi les 15% de contrat de son manager Papus ou Clovis qui vont préfinancer ces voyages hors du pays pour le positionner. Ce n’est pas non plus les questions cataloguées et redondantes de certains journalistes culturels aux points de presse, qui feront propulser le Kundé d’Or 2010 vers d’autres scènes plus huppées de la planète.

Ne nous voilons pas la face ! Nos producteurs, nos managers n’ont pas de moyens pour propulser nos artistes à l’instar de Floby, Bil Aka Kora, Alif Naaba, Dez Altino, Smarty, Abdoulaye Diabaté et j’en passe vers d’autres cieux. C’est un leurre ! Ils ne feront pas plus que ce qu’ils ont fait à Flo. Ils auront eu le mérite de les amener à ce niveau, maintenant qu’ils passent le relai ou se retirent en offrant d’autres opportunités à leurs artistes. Ça ne sera pas considéré comme une humiliation ou un échec. Bien au contraire. Sur le plan national, ils pourront toujours s’en occuper. J’ai bien peur de voir Floby plus tard tourner en rond et tergiverser au Faso à la recherche d’un nouvel élan comme certains de ses prédécesseurs qui rasent aujourd’hui les murs. Alors là, il sera trop tard !

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