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MACO : Pourquoi pas une réinsertion à travers l’art et la culture ?

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La prison, aussi mystérieuse soit-elle, est aujourd’hui au cœur de notre système de justice. Le centre du débat qui est posé dans nos maisons d’arrêt et de correction est la question de la réinsertion des détenus dans le champ social.

La prison, aussi mystérieuse soit-elle, est aujourd’hui au cœur de notre système de justice. Le centre du débat qui est posé dans nos maisons d’arrêt et de correction est la question de la réinsertion des détenus dans le champ social. Depuis deux ans, la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO) a donc décidé d’en faire son véritable bâton de pèlerin en choisissant comme outils, les arts et la culture. J’ai personnellement l’occasion de vivre ses moments artistique où certains agents de la pénitentiaire tentent de redonner un souffle aux détenus à travers les activités culturelles.

L’architecture des prisons, avec ses hauts murs qui gardent ceux qu’elle abrite au secret, les nécessaires mesures de sécurité, l’allongement de la durée des peines, la disparition progressive des aménagements de peines, la suppression des droits aux minima sociaux et d’une partie des droits civiques, sont autant d’indicateurs qui permettent d’affirmer que la mise hors circuit du détenu est un objectif premier pour le système carcéral. Si elle est probablement nécessaire, pour des raisons de neutralisation d’un danger pour la société ainsi que pour l’apaisement des victimes, elle génère aussi une méconnaissance du système carcéral.

La préparation des détenus à leur sortie relève aussi des missions de la prison, au même rang que sa mission sécuritaire. Or c’est justement cette problématique dont n’arrive pas à s’emparer l’institution pénitentiaire. Certains psychologues que j’ai rencontrés, affirment que ce manquement à la mission de réinsertion sociale engendre la récidive. Les deux missions essentielles des maisons d’arrêts sont : la sécurité et la réinsertion sociales.

Pour la seconde mission, il s’agit de préparer le détenu à sa sortie et à sa réintégration du corps social. Cette préparation doit donc conduire à la prise de conscience de la portée et de la gravité de l’acte du détenu dans le but d’amorcer sa transformation. C’est surtout rendre le détenu meilleur en faisant en sorte qu’il ne constitue plus un danger pour la société, ni pour les personnes, ni pour les biens. C’est la raison pour laquelle l’administration pénitentiaire tente de faire en sorte que l’individu ait en sa possession les moyens de sa réintégration sociale. Le travail, l’éducation et la culture sont des éléments clés en la matière.

Pour le cas de figure de la MACO, les premiers responsables, notamment la nouvelle équipe installée, a décidé d’axer leurs méthodes essentiellement sur la musique, l’art plastique et le théâtre. Mamadou Zerbo et Karim Ouédéraogo sont les deux gardes de sécurité pénitentiaire qui s’activent à promouvoir ce département art et culture à la MACO. Le premier est chargé de former et d’encadrer les détenus en Peinture, sérigraphie et Bibliothèque. Quant à Karim Ouédraogo, il s’attèle à redonner un nouveau souffle de vie aux personnes détenues en musique et théâtre. «Le département art et culture de la MACO a notamment pour missions premières de favoriser la réinsertion sociale des personnes condamnées et de prévenir les effets désocialisant de l’incarcération. Donc les activités artistiques et culturelles s’inscrivent clairement dans un processus global de réinsertion », m’a-t-il informé.

Nous sommes sans ignorer les lourdeurs dont l’administration publique. Pour se faire, la MACO a noué un partenariat artistique avec le Centre pour la qualité du droit et la justice (CQDJ) que préside Sosthène Sidwaya Ouédraogo. Ce centre a organisé le 31 mars 2015 à la MACO, une cérémonie de lancement d’appel au don en matériel de musique au profit des détenus. L’objectif était non seulement de lancer un appel aux structures privées et publiques, aux artistes musiciens pour une prise en charge artistique des détenus et surtout de doter de ce département d’un important matériel de musique.

Des artistes ont répondu à l’appel, d’abord à travers un spectacle qui a vu la participation des artistes tels que : Freeman Tapily, Fandy, Biba Ouassin, Tim Saloun…ensuite par un don de guitares remis par l’artiste Abidine Dioari. D’autres artistes tels que Smockey et surtout l’association des artistes féminins conduite par leur présidente Amety Méria sont passés rendre visite aux détenus pendant leur séance de formation. Un jeune arrangeur (Petit Jeannot) aujourd’hui détenus à la MACO depuis plus de 24 mois conçoit des compositions de musique pour les artistes en herbe de passage et même à certains détenus. Un GSP lui a fait confiance en mettant à sa disposition un ordinateur portable où sont installés les logiciels de musique. Ce petit Jeannot, avant son incarcération avait arrangé deux titres qui font aujourd’hui le succès continental d’un de nos artistes burkinabè très célèbre. Il fait parti des artistes qui ont glané de nombreuses distinctions au Kundé (record) et dans la sous-région. Mais l’artiste n’est presque jamais venu le rendre visite à la MACO si ce n’est que la semaine qui avait suivi son incarcération. Pourtant sa présence ou son intervention auprès de cet arrangeur pouvait contribuer de près ou de loin à sa libération.
Selon la directrice des programmes du CQDJ Pauline Seguelas «Nous sommes une petite structure qui a essentiellement trois objectifs à savoir la communication du droit, la coproduction normative, l’assistance au service rédacteur. Le projet de la MACO a été associé avec la communication du droit car se sont les droits socioculturels des détenus qui existent mais qui ne sont pas appliqués. Pourtant la réinsertion sociale est prévue dans les lois». D’autres actions de plaidoyer sont prévues tout au long de l’année avec les rencontres des structures culturelles de la capitale et l’organisation très prochaine d’un atelier de formation en musique. Afin de mieux organiser et orienter les détenus, le département art et culture de la MACO a coopté les apprenants en fonction de leur délit et de durée de détention. Sur les quatre quartiers où sont logés les détenus à savoir : l’Annexe, le Grand bâtiment, le quartier mineur, le quartier d’amendement et le quartier des filles, seul les détenus de l’Annexe ne sont pas pris en compte. De lundi à vendredi de 9h à 13h, une vingtaine de détenus participent en ce moment à l’élaboration d’une mise en scène d’une pièce de théâtre montée à la fois par les détenus et leur formateur André Achille Hema.

Afin de mieux renforcer les synergies d’action, un protocole d’accord entre le Ministère de la Justice et celui de la Culture et du Tourisme doit être paraphé dans le but rendre plus effectif le dispositif de réinsertion. Le soutien technique du ministère de la Culture, favorisera l’accès de la population carcérale aux différentes formes de pratiques culturelles, et d’autre part, le ministère de la Culture, pourra prendre en compte les besoins culturels des structures pénitentiaires. D’autant plus que les missions premières de ce ministère est de promouvoir la création et favoriser l’accès de tous à l’art et à la culture, notamment de ceux qui s’en sentent exclus en raison d’une situation sociale, personnelle ou géographique défavorable.

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